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Je carbure à trois choses : imagination, vérité, whisky || Velvet [Terminé]

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Velvet Wellington
Humain Mauvais
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Mar 30 Mai - 16:17
feat Ikezawa Hanako de Katawa Shoujo

Wellington Velvet
Nom ☀ Wellington
Prénom ☀ Velvet
Âge ☀ 28 ans
Nationalité ☀ Anglaise
Sexe ☀ Féminin
Sexualité ☀ Bi tendance homo
Groupe ☀ Maîtresse mauvaise
Métier ☀ Rédactrice en chef du journal « The Weekly Thriller », journaliste d'investigation passionnée par le crime
Statut social ☀ Aisée
Particularité ☀ - Elle a une voix très plate et monocorde, qui part dans les aigus quand elle s'énerve.
- Avec sa cicatrice sur la moitié du corps, un gentil jeune homme la surnomme parfois Double Face.
- Elle porte toujours des bérets, et souvent une écharpe, car elle a facilement froid.
- Elle a constamment des cheveux dans la figure.
- Elle est allergique au pollen et au lactose.
- Quand elle éternue, elle fait un petit bruit comparable au couinement d'un lapin.


PHYSIQUE
Velvet est une jeune femme d'une taille plutôt moyenne du haut de son mètre soixante et onze, et est relativement fine avec ses cinquante-neuf kilogrammes. Elle a la taille creusées et le ventre plat, de longues jambes et des bras très fins. Elle a une poitrine de taille moyenne, entre le B et le C, et elle ne la met pas en valeur car elle s'en moque complètement. Niveau sous-vêtements, de toute manière, elle privilégie le confort à l'esthétique.

Son visage est un visage de femme, et elle n'a pas l'air plus jeune qu'elle est. Elle a le visage en ovale, plutôt allongé, avec un nez long et droit. Elle a de petites lèvres roses en cœur avec une fossette marquée, tout comme celles qui se creusent dans ses joues quand elle sourit. Elle a des yeux fins mais longs, en amande et tombants. Elle a les cils naturellement noirs et la peau très blanche, ce qui est sans doute la raison pour laquelle elle ne se maquille jamais.

On dit qu'elle a les yeux d'Elizabeth Taylor. D'un bleu si foncé que sous certains éclairages, ils peuvent paraître violets. C'est une caractéristique qui lui vient de sa mère, ironiquement nommée Violet, et dont toute sa fratrie a hérité. Violet en est très fière, et c'est l'une des premières choses qu'elle dit sur ses enfants : « ils ont comme moi les yeux violets, les yeux d'Elizabeth Taylor, et c'est magnifique, vous devriez le voir. »

Elle a de très longs cheveux noirs, dont elle a hérité la couleur de son père. Elle ne les a pas coupés depuis plusieurs années, sauf devant son visage pour pouvoir se les mettre sur la figure. Autrement, ils lui arrivent en bas du dos, ce qui a tendance à beaucoup la rajeunir et lui donner des airs d'adolescente. Si son visage n'avait pas l'air aussi mature, c'est probablement ce que les gens se diraient.

Elle a une gigantesque cicatrice de brûlure rouge sur la moitié du visage, du corps, et dans tout le dos. Pour cette raison, son frère l'appelle parfois Double-Face. Elle la trouve absolument hideuse, et c'est l'une des raisons pour laquelle elle est toujours couverte et qu'elle a toujours des cheveux dans la figure. Elle déteste quand les gens se retournent sur son passage, car elle sait que ce n'est pas parce qu'ils l'ont trouvée jolie.

D'un point de vue vestimentaire, elle porte des vêtements plutôt vintage. Des cols Claudine, de la dentelle, des pantalons taille haute dans lesquels elle fait entrer sa chemise, des nœuds papillon, des bottes ou de petites ballerines avec des chaussettes hautes, des vestes en jean. Elle ne porte jamais de robes, ou alors des robes très longues, car elle ne veut pas dévoiler trop de sa cicatrice. Moins les gens la voient, mieux c'est.

Elle porte toujours des gants, une écharpe et un béret, même en été, car elle prend facilement froid. En plus du fait qu'elle adore ce genre de chapeaux et qu'elle les collectionne, qu'elle y ajoute des badges qui viennent de ses œuvres préférées. Elle est toujours en train d'éternuer et il lui arrive de faire remonter son écharpe sur son visage pour le cacher. Non seulement pour ne pas avoir froid, mais aussi pour qu'on ne voie pas sa cicatrice.

Autrement, elle a une tâche de naissance en forme de girafe tout bas du dos, là où la cicatrice n'a pas fait de dégâts. Elle a toujours les ongles mal coupés, mais ils sont bien nettoyés malgré tout. Simplement, ils partent dans des directions totalement inégales et elle ne les vernis jamais. Quand elle sourit, un coin de sa bouche a tendance à s'étirer plus que l'autre. Quand elle se blesse, elle a la fâcheuse manie d'arracher la croûte, ce qui fait qu'elle a souvent de petites blessures aggravées.


PSYCHOLOGIE
Quand on aperçoit Velvet, la première chose qu'on se dit, c'est qu'elle a l'air blasée. Elle a toujours ce petit air fatigué sur le visage et cette voix monocorde, tellement monocorde qu'on croirait qu'elle parle entièrement sur la même note. On pourrait penser qu'elle a les émotions anesthésiées. Ce n'est pas cela, c'est juste qu'elle les cache, et que c'est derrière son masque d'indifférence froide que se trouve le tumulte de ses pensées.

Elle est extrêmement directe et ne prend jamais de gants pour parler. Elle tente rarement de faire plaisir aux gens en leur disant des choses agréables, aussi. C'est comme si elle n'avait pas intégré de conventions sociales et qu'elle n'avait aucune considération de ce que les gens peuvent bien penser, de ce qui peut les vexer ou les blesser, ou même de ce qu'ils peuvent penser d'elle. C'est un peu le cas, elle est assez loin d'être une créature sociale.

Certains disent que c'est une personne méchante. Cela dépend des points de vue. Ce qui est certain, c'est qu'elle ne parle pas dans le but de nuire, simplement qu'elle dit à voix haute les choses qu'elle pense au plus profond d'elle, les choses que la plupart des gens choisissent de garder pour eux à raison, car tout n'est pas toujours bon à dire. Encore une fois, elle ne se justifiera pas pour ce qu'elle fait ou dit, car elle se moque de ce que l'on peut penser.

Mais cela, c'est quand elle ne provoque pas volontairement. Parce que Velvet prend un certain plaisir à faire des blagues exagérément énervante ou offensantes, et cela l'amuse d'autant plus lorsque cela sème le chaos. Par exemple, elle pourra dire que les hybrides ne font que voler et qu'ils ne sont bons qu'à laver son linge, sans le penser une seconde, juste pour énerver quelqu'un et le faire sortir de ses gonds. Il faut croire que certaines personnes ont juste envie de voir le monde brûler.

Quand elle brûle, elle, c'est une toute autre affaire. Il est facile d'énerver Velvet, à vous de trouver ce que sont ses points sensibles. Elle se met alors à crier d'une voix suraiguë, et peut même devenir violente, se mettre à frapper. Mais pour cela, il faut y aller très fort, et heureusement, cela n'arrive pas souvent. La Velvet blasée et taquine reste la Velvet la plus courante.

Pour cause, c'est quelqu'un de plutôt solitaire. Elle dit elle-même qu'elle ne veut ni d'amis, ni de proches. C'est entre autre pour cela qu'elle se fiche totalement de ce qu'ils pensent. C'est que dans le fond, Velvet a peur de s'attacher. Et elle a peur des gens. Quoi qu'on puisse en dire et quoi qu'on puisse penser, c'est une personne timide et introvertie, qui a peur de ce que les gens risquent de lui faire. Mais cela, elle n'en a pas conscience elle-même.

C'est aussi qu'elle est plutôt complexée. C'est pour cela aussi qu'elle a constamment des cheveux dans la figure, c'est qu'elle se trouve hideuse. Sa cicatrice y est pour beaucoup. Quand quelqu'un exprime un intérêt sincère pour son physique, elle ne peut pas le croire, pense qu'il se moque ou tente de réaliser un pari. Elle aura alors tendance à le repousser sèchement. Il n'y a que s'il insiste qu'elle commencera à comprendre qu'il est sérieux, et elle le repoussera alors encore plus sèchement car elle ne veut pas de relations.

Ce qu'elle sait, en revanche, c'est qu'elle est agoraphobe. Au point qu'elle ne sort que pour aller au travail ou pour ses enquêtes. Le reste du temps, elle le passe enfermée chez elle. La foule la terrifie, même si elle ne le montre pas, et elle déteste le bruit et l'agitation. Elle ne se sent bien que dans le calme complet. Elle dit elle-même qu'elle n'a aucun ami à part sur Internet et ses jeux en ligne, alors de toute manière, ce n'est pas bien grave de ne pas sortir.

Pour cause, elle a bien des choses à faire chez elle. Pour commencer, c'est une pure no life. Elle adore jouer à des jeux vidéos sur son PC de compétition et sa collection de consoles, lire des bande dessinées occidentales ou japonaises, faire du roleplay, regarder des dessins animés, des séries, traîner sur des sites de vidéo, écouter des OST de ses œuvres préférées, acheter des figurines, des posters, des dakimakuras et autres goodies.

C'est une personne inventive et imaginative, qui préfère vivre dans un monde inventé et fantastique plutôt que dans l'épuisante vie réelle. Ses rêves sont toujours des aventures merveilleuses qu'elle note avec soin dans certains de ses milliers de carnets. Elle est toujours en train de créer quelque chose ou de réfléchir à une nouvelle œuvre, une idée de jeu vidéo, de bande dessinée. Sa bibliothèque est plus remplie de ses propres écrits que de ceux qu'elle lit.

Son œuvre personnelle préférée, « Les aventures fantastiques de la lune et du béret », est aussi sa plus bizarre. Parce qu'elle est la seule à pouvoir la comprendre. C'est une bande dessinée qui regroupe la plupart des gens qu'elle a connu, qu'elle représente sous forme d'objets. Elle-même étant le béret. Dessiner cette BD lui permet de se sentir entourée, comme si ses personnages étaient ses véritables amis. Ce n'est probablement qu'une façon d'échapper à la réalité et de se sentir moins seule, mais elle préfère se dire que c'est une chronique étrange de sa vie.

En parlant de chronique, Velvet à la fâcheuse manie d'absolument tout noter. Dès qu'elle rentre chez elle le soir, elle écrit ce qu'il s'est passé dans le cadre de l'avancée de ses enquêtes en tant que journaliste d'investigation. Mais dès qu'elle a terminé, elle prend un autre carnet et là, elle note tout ce qu'il s'est passé personnellement pour elle dans la journée. Il est possible qu'elle y mette des informations plus ou moins intimes ou gênantes. La raison, c'est qu'elle croit que la vie est instable, que tout peut s'écrouler ou disparaître à tout moment, et que d'écrire les choses est un moyen de les conserver.

Puisqu'elle fait de la BD il n'est pas difficile de deviner que c'est une dessinatrice. Elle prend des cours depuis l'âge de treize ans et n'a jamais arrêté depuis. C'est l'une de ses plus grande passions et son échappatoire. Quelquefois, il lui arrive d'illustrer ses propres articles à la place du dessinateur du journal « The Weekly Thriller ». D'autres fois, il lui arrive de taguer les rues, son œuvre préférée étant un homme qui se fait lobotomiser pour insérer un panneau « danger » dans sa tête, le tout à côté d'une affiche politique.

Si elle est journaliste d'investigation et rédactrice en chef de « The Weekly Thriller », ce n'est pas pour rien. Velvet a une obsession pour les histoires sordides et l'idée de rétablir la vérité. Il n'est pas rare qu'elle aille chercher dans de vieilles affaires au dossier fermé, qu'elle estime bâclées, pour tenter de trouver le vrai coupable ou la vraie raison. Son journal porte son titre pour une raison, il se suit comme un polar. Elle publie l'avancée de ses enquêtes en prenant bien garde de ne pas tomber dans la diffamation.

S'il y a un type de personnes avec qui elle prend des gants, ce sont les victimes ou les proches des coupables de crime. Ils font partie du peu de personne pour qui elle se rappelle des conventions sociales et les suit, pour éviter de les blesser. Velvet sait parfaitement à quel point cela peut être difficile de se retrouver pris dans des histoires pareille, et en tant que tel, elle fait très attention et est même très gentille avec ce type de personnes.

C'est une extrémiste de la liberté d'expression. Velvet estime qu'elle devrait être totale, et elle ne considère pas que le discours de haine, par exemple, devrait être puni. Pour elle, toutes les idées, même les plus terribles et les plus extrêmes, devraient pouvoir être exprimées. Parce que ce n'est qu'ainsi que l'on pourra avoir une discussion, et ainsi éventuellement, pousser l'autre à changer d'avis. Que ce n'est pas en censurant que l'on pourra protéger qui que ce soit. C'est l'idée que Velvet défend avec le plus de hargne.

Pour ce qui est des hybrides, elle n'est pas contre leur liberté. Elle se fiche bien de quand ils sont sauvages, et elle estime qu'ils devraient avoir le droit d'exprimer leur opinion et de se battre pour avoir l'égalité. Cela dit, elle ne les aime pas. Elle pense qu'ils sont capables de n'importe quoi pour avoir une meilleure place dans la société, allant de la manipulation à la violence physique. Le bon terme est qu'elle les craint et qu'elle n'a aucune confiance en eux.

Elle ne l'avouera jamais, mais elle est complètement alcoolique. Comme elle le dit elle-même, « l'eau n'est pas faite pour être bue, mais pour la rendre buvable, on peut y ajouter du whisky ». Elle peut en boire des bouteilles entières. C'est non seulement parce qu'elle aime le goût, mais aussi parce qu'être saoule lui permet d'être plus heureuse pendant quelques heures. Heureusement, elle le tient très bien, bien mieux que la moyenne.



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Velvet Wellington
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Mar 30 Mai - 16:18

HISTOIRE



Le body de velours


Jeudi trois novembre deux-mille vingt deux, dix-huit heures. La riche famille Wellington se prépare à accueillir un nouvel heureux membre. Le père, Thomas, attend nerveusement dans un hôpital agité. Il serre contre lui un petit body en velours violet qu'ils ont acheté, tout impatients, lorsqu'ils ont appris que le nouveau né serait une fille. C'est aussi comme cela qu'ils ont décidé que leur nouvelle enfant se nommerait Velvet. Ils ont vu les coutures finement réalisées du vêtement hors de prix, et la mère s'est dit quelque chose comme « j'aimerais que ma petite fille soit aussi réussie ».

Le frère de la petite, Stanley, a cinq ans. Il attend, aux côtés de son père, que l'on annonce enfin qu'ils peuvent rentrer avec sa mère et le bébé. Quand on lui a annoncé que la famille accueillerait un nouveau membre, qu'il ne serait plus le seul enfant, il n'a pas compris, au début. Ses parents ne lui ont-il pas dit qu'ils l'aiment et l'aimeront plus que tout au monde ? Dans son esprit d'enfant, il ne se fait pas de souci et se dit que quoi qu'il arrive, ce corps étranger ne pourra pas être plus aimé que lui. En tant qu'enfant unique, ils l'ont toujours gâté, et lui ont donné toute l'attention qu'ils ont eu à donner. Ainsi, il tapote sa cheville contre la chaise de la salle d'attente, tout insouciant.

La mère, Violet, patiente pour la fin de son attente avec bien plus d'impatience encore que les deux autres.  C'est une petite femme banale, si on excepte ses yeux. Les yeux d'Elizabeth Taylor. On lui dit souvent que son prénom lui va très bien pour cette raison, parce que ses iris sont d'un bleu si foncé que sous certains éclairages, ils peuvent paraître violets. Elle a déjà transmis ce trait à Stanley, et elle espère tant que Velvet en hérite également, que c'est l'une des raisons pour lesquelles elle a voulu lui acheter le body en velours. Pour s'accorder avec ses iris.

Vingt heures. On autorise enfin la sortie de Violet et Velvet, ainsi que l'entrée de Stanley et Thomas. L'heureux père se jette immédiatement vers sa femme et sa petite fille pour leur donner de l'affection. Le frère reste un peu en retrait. Il observe le bébé, les yeux un peu ronds. Il est assez grand pour comprendre ce qu'il se passe, mais il ne s'est pas attendu à ce que ce nouveau bébé puisse mettre autant d'amour dans les yeux de ses parents, au point qu'ils l'oublient complètement pendant quelques secondes. Cela ne le gêne pas tout de suite, mais cela le surprend un peu.

Il fait déjà nuit dehors lorsqu'ils rentrent ensemble dans leur grande villa, située dans la périphérie londonienne. Stanley est plutôt silencieux, dans la voiture. Il observe cette drôle de créature moche et fripée dans le siège avant, qui accapare toutes les discussions de ses deux parents, alors même que sa mère est fatiguée. Il la fixe dans ses yeux fermés comme s'il voulait l'hypnotiser, tout en tapotant sa cheville contre son propre fauteuil. Il fait cela chaque fois que quelque chose le préoccupe, contracter ses mollets ou balancer ses jambes.

Après un long moment à discuter d'à quel point Velvet est un beau bébé et de toutes les choses formidables qu'elle fera et deviendra, ils garent enfin la lamborghini dans la cour de la grande villa. Bien que le père soit plus qu'aisé, il n'a pas obtenu tout ce luxe de lui-même. Les possessions de sa famille viennent en grande partie de son père, Francis Wellington. PDG de Spendry, une entreprise multinationale de grande distribution, il ne cesse de gâter ses enfants pour qu'ils aient la meilleure vie possible. Il a la main lourde sur les dépenses, sans doute parce qu'elle a été de fer pour élever ses rejetons.

En tant qu'aîné, Thomas doit hériter de l'entreprise, car le vieux Francis tient à ce que son premier enfant obtienne le poste de PDG. Il s'est donc dirigé vers l'économie. Cela a rendu le vieux Francis très fier, car il est de ceux qui veulent que leurs enfants soient exactement comme ils le décident. Malgré la décision irrévocable du grand père, deux de ses cadets, Charles et David, tous deux économistes, se battent pour avoir le poste. Mais connaissant les manières du père, il n'y a aucun doute qu'il reviendra à Thomas.

Dans la famille, il est de notoriété publique que Charles trouve cela intolérable. Le vieux Francis siège au conseil d'administration, mais le premier reste celui qui s'occupe de presque tout en tant que co-PDG. Il se considère comme le plus qualifié, et maintient que la décision de Francis n'est qu'une affaire de tradition douteuse et de psychorigidité. C'est également ce que pense David, mais en sa faveur.

Malgré ces tensions, l'avenir s'annonce radieux pour la petite Velvet. On la dépose dans un couffin, sur une couverture en velours, comme son petit body. Les gens qui connaissent l'anecdote rient parfois, et pensent que les parents de la petite ont un certain goût pour le symbolisme. C'est que cela les amuse un peu, de dire que leur fille s'appelle Velvet car elle a dormi dans une couverture de velours. Cela fait un peu conte de fées. Un conte de fée qui, au vu du regard qu'il lance à sa sœur, donnera des cauchemars à Stanley.


La terreur de Stanley


Le souvenir le plus tendre que Thomas a de Velvet, c'est sans doute quand il l'a posée pour la première fois devant un PC, à un an et demi. Il a seulement voulu avoir un peu la paix, et ne s'est sans doute pas douté qu'elle passerait tout son temps sur son jeu d'éveil. C'est un père poule, et il n'aurait pas pu fondre plus que quand elle lui a dit « papa, réveille éléphant dans l'ordinateur ». Elle passe des heures et des heures sur son écran, au point que cela inquiète un peu sa mère Violet. Thomas lui dit de ne pas s'en faire, que c'est la nouvelle génération.

C'est une enfant rêveuse, toujours dans son monde, qui préfère dessiner avec des pastels et regarder des albums plutôt que de jouer dehors, sauf quand le jeu en question lui demande de faire travailler son imagination. Elle a tendance à trébucher, à être silencieuse, à perdre son regard dans le vide, à ne pas entendre ce qu'on lui dit parce qu'elle réfléchit. Elle aime par-dessus tout qu'on lui raconte des histoires, et elle adore également en inventer. En soi, elle apprécie ses mondes fictifs, bien plus que la réalité. Sans doute parce qu'elle les distingue difficilement.

Ses parents s'occupent d'elle avec beaucoup de respect et d'attention, comme on le ferait pour tout bébé de son âge. Par conséquent, ils ont un peu moins de temps pour Stanley, qui le vit très mal. Il a parfois l'impression qu'on l'oublie. Pour se faire remarquer, il pique des colères, fais des bêtises, casse des objets. Ses parents ne comprennent pas qu'il cherche de l'attention, alors il passe souvent ses journées puni dans sa chambre. Ce qui l'amène vite à comprendre que sa technique n'est pas forcément très efficace, et que l'attention négative n'est pas aussi agréable que la positive.

Comme il est plutôt intelligent, il commence très vite à ramener d'excellentes notes. Et quand ses parents le félicitent chaleureusement pour ses bonnes performances, il se met à travailler d'arrache-pied, jusqu'à se rendre malade. Il devient le meilleur de sa classe, fais toujours ses devoirs directement une fois rentré, ajoute à cela du travail supplémentaire, lit en-dehors des cours, apprend tout par cœur. Tous les compliments qu'il reçoit sont une raison de plus de se surmener à ses yeux, au point même d'arrêter de jouer et de vivre son enfance.

Si Thomas avait su qu'il s'agissait d'une compétition fraternelle aux yeux de Stanley, il ne l'aurait sans doute pas encouragé, et ils aurait sans doute dit qu'ils l'aiment très fort aussi, même s'ils doivent s'occuper de leur nouveau bébé. Mais il ne l'a pas compris, et l'a poussé à continuer de se donner du mal. Il se fait donc pour objectif de dépasser sa toute petite sœur en tout, et de se moquer d'elle lorsque, à moins de deux ans, elle n'arrive pas à faire mieux que lui.

Cela reste très bon enfant et gentillet, ainsi Thomas et Violet ne le voient que comme des chamailleries d'enfant. Un grand frère qui embête gentiment sa petite sœur. Ils sont assez loin de se douter que dans la tête de Stanley, il s'agit d'éliminer un intrus pour obtenir l'exclusivité de l'amour de ses parents, ou du moins, pour l'avoir à nouveau. Ils sont loin de s'imaginer qu'il s'agit d'une compétition à sens unique, que la toute petite Velvet ne peut même pas encore comprendre, ni que leur bien aimé fils se sent aussi menacé. Et ils ne pensent pas non plus que cela pourra aller très loin.

Jamais plus loin, dans tous les cas, que la fois où Stanley dit à Velvet que ce sont ses parents à lui et qu'elle est une voleuse. Elle est trop petite pour comprendre ce qu'il a voulu dire à ce moment, son cerveau n'étant pas plus développé que celui d'un cochon adulte. Mais reste que les enfants sont des antennes émotionnelles, et qu'elle peut sentir que son frère est en colère. La jalousie peut ronger un enfant qui souffre d'insécurités. Surtout quand elle n'est pas adressée.

Velvet commence à se sentir si mal, lorsqu'elle est seule avec son frère, qu'elle se met à crier, pleurer et le frapper chaque fois que cela arrive. Les parents se demandent ce qu'il prend à ces deux-là, qui ont plutôt eu l'air de bien s'entendre avant. Ils disent à Stanley d'arrêter un peu de l'embêter tout le temps. Cela ne lui donne qu'envie de continuer. Pourquoi est-ce que ses parents le grondent, lui, plutôt qu'elle ? C'est elle qui crie et pleure, il ne fait rien de si grave. C'est la preuve qu'ils ne le regardent pas encore assez.


Le soir approche


Huit novembre deux-mille vingt quatre. Stanley doit désormais redoubler d'efforts pour se démarquer, car la famille accueille encore un nouveau membre. Le petit Vesper est un magnifique bébé, en excellente santé physique. Comme pour Velvet, ses parents s'extasient dessus, et encore une fois, l'aîné se sent menacé. La cadette, du haut de ses deux ans, fixe son petit frère avec des yeux ronds. On lui a promis un nouveau compagnon de jeu. Cette petite chose a l'air bien trop amorphe pour jouer, et elle  se demande pourquoi ses parents ont l'air de l'aimer autant. Elle le comprend bientôt.

Quand ils ne sont pas là, elle fait de petits « tests scientifiques », comme mettre une serviette sur la tête de Vesper pour voir sa réaction. Elle s'arrête assez vite lorsqu'elle constate qu'il ne réagit pas du tout. Ce bébé est un peu étrange, mais il est plutôt intéressant. Bientôt, son petit frère devient le sujet de toute son attention. Elle vient lui raconter les histoires qu'elle invente, sans se rendre compte qu'il ne comprend pas. Elle le voit grandir avec fascination, même si lui ne semble pas s'intéresser autant à elle.

Quand il devient assez grand pour marcher, elle l'emmène jouer dans le grand jardin de la villa. Les deux se font gronder par Violet lorsque Vesper rentre couvert de boue, parce qu'il s'est roulé dedans. Sa sœur a beaucoup ri, même si elle est moins fière d'elle à présent. Il n'a pas l'air de vraiment se soucier de ce qu'en pense sa mère, puisqu'il recommence le lendemain, en criant « regarde Velvet, regarde ! ». Et lorsque la petite fille tente de l'en empêcher pour ne pas se faire réprimander, voilà que leur père saute dans la flaque à son tour. A la fin, ce sont les trois qui se font crier dessus.

Quand Stanley participe aux jeux, c'est souvent quand ils impliquent une forme de compétition. Il prend plaisir à battre ses deux frères à la balle au prisonnier, à « un deux trois soleil », aux jeux de société. Au point que Velvet et Vesper finissent par se liguer contre lui pour le faire perdre. Ce qui ne marche pas souvent. En revanche, il ne vient jamais participer lorsque les deux jouent à la poupée, dessinent avec des pastels, traînent sur des jeux d'éveil sur la console ou l'ordinateur, ou toute autre activité qui n'apporte aucune victoire.

A cinq ans, Velvet commence à avoir des notes. Déjà petite, elle s'en sort très bien pour apprendre à lire et écrire, vu qu'elle se jette sur les bandes dessinées dès qu'elle a peut en comprendre un peu les mots. C'est son père, Thomas, qui lui en donne régulièrement. Même pour adultes, et même presque exclusivement pour adultes, lui-même étant un grand fan de BD. Cela ne plaît pas beaucoup à Violet, qui a peur que sa fille ne se mette jamais à lire de « vrais » livres, selon ses termes. Son époux la rassure en lui disant qu'il faut bien qu'elle commence par quelque chose, mais elle reste sur la réserve.

Si Velvet est très douée pour lire et écrire, elle est plus distraite en mathématiques, et a tendance à dessiner pendant les cours. Elle vit dans son monde au point qu'elle fuit tout ce qui la force à vraiment réfléchir et avoir les pieds sur terre. Pour Violet, c'est une catastrophe, puisqu'elle considère cette matière comme la plus importante, celle qui est vraiment déterminante pour l'avenir. Thomas lui dit de se calmer un peu, que la petite est encore très jeune et qu'elle a le temps de s'améliorer. Très vite, cela devient la cause de disputes.

Stanley prend un malin plaisir à montrer ses excellentes notes en mathématiques, et à rappeler à quel point il a été meilleur qu'elle à son âge. La petite se met à travailler cette matière d'arrache-pied pour tenter de le dépasser, mais elle se rend vite compte que peu importe combien elle essaye, elle n'arrive pas à avoir de meilleurs résultats qu'il en a eu. Il se moque d'elle. Elle laisse donc complètement tomber, et ses notes chutent au point que son bulletin est un véritable grand huit. Des notes excellentes en lecture et en écriture, pour des notes médiocres en mathématiques.

Lorsque Vesper va à l'école pour la première fois, c'est une véritable apocalypse. Il ne supporte pas ce changement dans son quotidien. Il faut s'y mettre à plusieurs pour le forcer à y aller. A chaque fois, il y a des pleurs, des cris, et des blessures. Ses professeurs le décrivent comme un enfant distrait, qui ne fait pas attention à ceux qui l'entourent, qui ne s'intéresse pas aux autres et encore moins à ce qu'on lui dit. Qu'il a régulièrement des comportements dangereux, comme quand il glisse de petits objets dans la prise électrique à répétition, contre toute interdiction.

Il passe des heures et des heures au coin du fait de Violet, qui espère que ça le fasse réfléchir. Stanley, lui, le traite régulièrement de débile mental. Au bout d'un moment, Vesper a du mal à se concentrer sur autre chose que sur Velvet et Thomas. A l'école, il attend toute la journée le moment où il pourra se jeter dans les bras de sa sœur et de son père et quitter ces adultes qui l'ennuient et le punissent. La mère est très ennuyée par son fils, ce qui fait jubiler Stanley, qui a droit à toute son attention. Elle dit régulièrement aux deux plus jeunes de regarder leur grand-frère et de le prendre comme exemple.


Suits, ties and red wine


Thomas aurait aimé s'éloigner de sa famille. Malheureusement, son père Francis, qui dirige l'entreprise familiale à ses côtés et ceux de Charles, a toujours les cartes en mains pour qui héritera du poste de PDG. Et pour que ses enfants puissent avoir une belle vie, il ne crachera sur aucun bonus, même s'il s'en sort très bien lui-même. Il pourrait tout aussi bien tenter de monter sa propre entreprise ou d'en diriger une autre, mais Spendry reste la meilleure option qu'il puisse avoir.

C'est pour cela que la petite famille se retrouve, comme à toutes les fêtes, à dîner auprès des envahissants Wellington. Même si le grand-père Francis ne le remarque pas, les réunions sont toujours extrêmement tendues. Les oncles David et Naomi passent leur temps à envoyer des piques à Charles. Charles veut tout savoir de la vie de ses frères pour pouvoir se moquer d'eux subtilement et leur montrer sa supériorité. Et le jumeau de Naomi, Dorian, s'amuse tout simplement à mettre le boxon. On est loin de la famille aimante qui partage gaîment des cadeaux et une bûche.

Il n'y a que les enfants qui sont plutôt contents. Pour Velvet et Vesper, c'est une occasion d'aller jouer avec leurs cousins et leur oncle Dorian. Anthony et Emily sont appréciés par le duo, même si ils n'ont respectivement que un et trois ans. Dorian, quant à lui, en a seize, mais il préfère la compagnie de ses neveux à celle de ses frères et sœurs. Et il est particulièrement apprécié par eux. David et Charles parlent chacun de leur rejeton avec une grande fierté, comme s'ils voulaient se prouver à chacun que leur gamin est le meilleur. Thomas ne prend pas part à ce genre d'enfantillages, il préfère discuter de son travail et de son quotidien.

Violet est également très fière, et passe son temps à vanter les réussites de Stanley. Ce qui ne plaît pas à Bianca, la femme de David. Pendant que l'une raconte que son gosse a une moyenne de quatre-vingt quinze, l'autre dit qu'Emily a dit son premier mot à trois mois, et l'autre réplique que son aîné est le meilleur de sa classe voire de son école entière, et l'autre rétorque que sa petite fille a retenu tout l'alphabet à deux ans. Marjorie, la femme de Charles, n'y prend pas trop part, et a tendance à s'effacer.

Francis est toujours tellement heureux d'avoir ses enfants et petits-enfants autour de lui qu'il ne remarque pas l'ambiance électrique. C'est avec gaieté et bonne humeur qu'il exhibe ses hybrides de collection, surtout sa jolie grande aigrette qui vient jouer un air au piano pendant que la famille mange. Sa femme, Ellen, a toujours l'air un peu renfrognée, car elle aime la solitude et le calme. Et contrairement à son mari, elle sent très bien que c'est le boxon.

« Et sinon, Thomas », demande Charles. « Quel avenir prévois-tu pour tes enfants ? Tu vas les amener vers l'économie ?

- Ils feront ce qu'ils veulent, je ne m'immiscerai pas dans leur avenir»
, soupire Thomas. Ce qui fait légèrement ricaner Charles.

- Ne dis pas de bêtises, Thomas », le contredit Violet, qui déteste quand la famille de son mari se moque d'eux. « Tu as vu les résultats de Stanley ? S'il ne se dirigeait pas en médecine ou en économie, ce serait un incroyable gâchis. Et qu'ils le veuillent ou non, Velvet et Vesper feront de même. On ne va tout de même pas laisser nos enfants faire n'importe quoi de leur vie alors qu'ils ont tellement de potentiel.

- Très bien dit »
, ajoute Charles, ce qui arrache un soupir exaspéré à Thomas. « Je suis certain que si tes enfants t'annonçaient vouloir devenir boulangers, tu ne tiendrais pas le même discours. Pour ce qui est d'Anthony, au cas où aucun de tes enfants ne reprendrait le flambeau, je lui réserve le poste de PDG, si tu veux bien. Longue vie à Spendry ! » A ces mots, il lève son verre de vin. Thomas doit utiliser toutes ses forces pour ne pas se frapper le front avec la paume de sa main.

Il ne comprend pas pourquoi Violet accorde autant de crédit à l'avis de cette fratrie envahissante et directrice. Surtout de Charles, qui a toujours cet espèce d'air condescendant sur le visage alors qu'il n'y a pas si longtemps, il s'était fait crier dessus par leur père car il était le pire des gigolos. Obtenir la garantie d'avoir le poste de co-PDG, même si ce n'est pas celui de PDG tout court, l'a rendu bien trop sûr de lui et bien trop énervant. Pourtant, la femme de Thomas tient son avis en haute considération et fait tout pour se faire bien voir par lui et les autres, même s'il faut qu'elle se dresse contre lui pour cela. Cela le sidère.


Le soir est là


Velvet ne s'améliore pas en grandissant. Au grand dam de Violet, ses meilleures notes sont en anglais et en arts plastique. Quant aux mathématiques, les résultats sont toujours aussi moyens. La mère lui met la pression, la prive de jouer sur son PC pendant une semaine chaque fois qu'elle ramène une note en-dessous de la moyenne, puis lui interdit de dessiner, jette ses jouets à la poubelle. Thomas n'est pas d'accord avec ces méthodes, et la maisonnée entière finit souvent par hurler et laisser leurs cadets en pleurs.

La brune finit assez souvent privée de tout, alors elle travaille du mieux qu'elle peut. Puis sa mère, qui n'est toujours pas satisfaite, lui dit, encore une fois, de prendre exemple sur Stanley. Comme chaque fois, même quand elle pense avoir bien fait. C'est avec une condescendance non dissimulée que son grand-frère lui montre ses anciens bulletins. Velvet n'a même pas dix ans, et elle a déjà l'impression d'être une cause perdue.

Vesper quant à lui, devient de plus en plus problématique. On le fait examiner, et on diagnostique chez lui une forme d'autisme léger. Il ne comprend pas ce que cela veut dire, et encore moins pourquoi sa mère est abattue. Est-ce que c'est ce qu'il est qui a l'air de la rendre aussi triste ? Thomas, lui, est souriant, et lui dit qu'ils vont l'aider du mieux qu'ils peuvent. L'aider à quoi, au juste ? Quel problème doit-il régler ? Si Thomas fait preuve d'une très grande patience, Violet s'énerve un peu plus facilement contre lui.

L'éducation des enfants devient la première cause de conflit dans le foyer. Juste après vient la jalousie de Violet, et son besoin de tout contrôler. Il faut qu'elle décide à quelle heure tout le monde mange, quand ils se réveillent, quand ils s'habillent, quand ils se couchent, son mari compris. La relation entre les parents devient dysfonctionnelle, ils passent leur temps à crier et sont constamment fatigués. Chaque fois que leurs géniteurs rentrent, les enfants se crispent d'appréhension, car ils savent que quelque chose va les faire hurler, quoi que ce soit.

Velvet et Vesper se sentent responsables. Dans leur tête d'enfant, c'est de leur faute si leurs parents ne s'entendent plus. Ils ont souvent des cauchemars où ils voient Violet et Thomas divorcer. C'est l'une de leurs plus grandes peurs, au point que lorsqu'ils font ce rêve, ils se réveillent en pleurant. Stanley, qui est plus grand, vit beaucoup mieux la situation, et s'y habitue beaucoup plus vite. Cela l'amuse d'ailleurs de faire croire à ses cadets qu'ils sont le cœur du problème.

« Si vous étiez meilleurs en classe, ils ne seraient pas aussi stressés et ils ne se disputeraient pas, les attardés. Si ça vous gêne vous n'avez qu'à devenir plus intelligents. »

Les remarques de ce genre ne sont pas rares chez Stanley. Il adore être la coqueluche de Violet, et il a du mal à supporter que son père ne lui accorde pas autant d'exclusivité. Pourtant, Thomas l'aime aussi profondément, comme il aime ses trois enfants. Malgré tout, l'aîné a l'impression de ne pas être reconnu à sa juste valeur. N'est-il pas celui qui a les meilleurs résultats ? Qui se comporte le mieux ? Qui est même le plus beau ? Il ne comprend pas pourquoi, contrairement à sa mère, son père ne dit pas à ses cadets de prendre exemple sur lui.

Velvet et Vesper finissent par passer plus de temps dehors qu'à la maison. Ils sont bien mieux tous les deux, parfois avec Thomas, sans Violet et Stanley. Ils vont dans un parc et ils dessinent ce qu'ils voient. Ils vont dans la forêt et ils jouent à fabriquer des cabanes, puis se prennent pour des pirates. Parfois, ils demandent à leur père de les emmener tous les deux sortir, sans Stanley. Il ne comprend pas pourquoi ses enfants ne veulent pas passer du temps avec leur aîné, puis il met cela sur le compte de leur différence d'âge.


Garrett & Rose

A onze ans, Velvet change d'école. Jusque là, elle a été dans la même que Vesper, et il est un peu difficile pour elle de supporter qu'il ne soit plus là. Elle s'est fait quelques amis, mais a tout de même passé la plupart de son temps avec son frère. Désormais, elle ne sait plus trop vers qui aller, et elle attend dans le cour d'un air perdu. Elle a toujours été une enfant rêveuse, dans son monde et dans son coin, mais pas au point de rester complètement seule.

Elle essaye de parler à des gens par-ci, par-là, mais sa timidité l'empêche de rester assez longtemps pour former un lien. Elle ne comprend pas comment les gens se trouvent des amis si facilement, et pourquoi ils sont déjà tous en groupes bien formés alors que l'année vient de commencer. Elle ne veut pas s'incruster parmi une bande, elle a bien trop peur de les déranger. Alors les premiers temps, elle reste toute seule.

Et puis un jour, elle aperçoit une petite fille qui a l'air aussi seule qu'elle. Elle est assise sur un banc au fond de la cour et elle joue avec une console portable. Elle est plutôt grande et maigre, elle a de longues boucles blonde vénitiennes, des tâches de rousseur, et elle est plutôt jolie. Bizarrement jolie pour être dans son coin. Velvet se demande d'abord ce qu'elle fait et si elle attend quelqu'un, mais comme personne n'arrive, elle décide de tenter sa chance. Elle s'installe au bout du banc pour regarder ce qu'elle fait. C'est un jeu Pokemon.

« Oh ! Toi aussi tu aimes les Pokemon ! Il faudra qu'on fasse des combats un jour !

- De ? »
Demande l'autre fille, un peu surprise, alors que ses joues prennent quelques couleurs. « Euh, oui, si tu veux. » Elle a un grand sourire. « C'est quoi ton pokemon préféré ?

- Pingoléon ! »


De là part toute une discussion endiablée sur la stratégie, sur les meilleurs pokémons, sur le fait qu'elles veulent devenir le meilleur dresseur, les jeux qu'elles préfèrent, et elles se découvrent une grande passion en commun. Les jeux vidéos, les bandes dessinées, les livres, les histoires en général. Que ce soit en découvrir ou en inventer.

Ces intérêts en commun pourraient rapprocher n'importe qui. Velvet et la dénommée Rose Daniel deviennent inséparables. Elles ramènent chacune leur console de jeux en classe et s'amusent sur tous les jeux qu'elles préfèrent, parfois en multijoueur. Leurs conversations tournent autour des éléments de  gameplay, et de leurs théories concernant la dernière série qu'elles ont vu ou la dernière bande dessinée qu'elles ont lu. Il leur faut un moment pour parvenir à parler d'autre chose, comme de la passion que Rose a pour le piano, ou de celle de Velvet pour le dessin.

Elles finissent par attirer un autre enfant de leur âge. Garett a les cheveux roux foncés et des lunettes carrées. Il vient les trouver pour les mêmes raison que Velvet. Parce qu'il est seul et qu'il partage leur passion. Il est enchanté d'avoir enfin deux compagnes pour parler de Pokemon et du dernier manga qu'il a apprécié, alors il se rapproche tout naturellement des deux filles. Au bout d'un mois, on ne voit plus un seul membre du trio l'un sans l'autre.

Garrett est aussi passionné qu'elles mais il a tendance à être plus doué. C'est lui qui les initie à la stratégie complexe, et à l'analyse des éléments de gameplay. Il dit que plus tard, il sera développeur, et pour cause, il est doué en mathématiques. Il finit par donner des cours à Velvet, alors que cette dernière l'aide en anglais. La blonde finit par partager le rêve de son ami, alors un jour, elle finit par leur faire une proposition.

« - Et si on développait des jeux ensemble plus tard ? Garett s'occuperait de la programmation, Velvet ferait les dessins, et moi je ferais la musique à la synthé.

- Arrête, le jeu qu'on ferait serait trop bien pour ce monde »
, s'amuse Garrett. « Mais il faut partager notre génie, alors comment on appellerait le studio ?

- Velours Corporation »
, propose Velvet, en plaisantant à moitié.

- Et tu voudrais pas l'appeler Les Roux non plus ? En plus on est deux à l'être, et t'es la seule qui ait un nom de tissu.

- Je suis pas rousse, je suis blonde vénitienne »
 , soupira Rose.

« Tu es rousse et tu n'as pas plus d'âme que moi », répliqua Garrett.

Ils plaisantent à cette idée, mais dans le fond, chacun envisage réellement la question. Garrett a déjà prévu de devenir développeur indépendant, et il adorerait avoir ses deux amies pour l'aider. Rose veut faire carrière dans la musique, et elle serait heureuse de prêter son talent à Garrett. Quant à Velvet, elle envisage réellement de faire des études de dessin. Cela dit, elle sait que c'est sans compter Violet et les grandes ambitions qu'elle a pour elle. Pendant un moment, elle hésite à confronter sa mère, mais finalement, elle attend.


Le bout du chemin


Passer son temps dans la cour à trois avec une console de jeux n'est pas toujours la meilleure façon de s'intégrer en middle school. Ils sont bientôt victimes de petites moqueries. On les catégorise comme les « no life » du collège, les trois gamins bizarres qui passent plus de temps à regarder un écran à trois qu'à discuter et à profiter de leur présence. Leurs camarades s'arrêtent souvent devant leur banc pour leur lancer de petites piques.

Bientôt, le trio comprend que personne à part eux n'amène sa console à l'école et que pour les autres, c'est un peu bizarre. Alors ils commencent à en avoir honte, et ils finissent par ne plus la prendre avec eux. Malheureusement, ils se sont déjà fait ficher, et les enfants n'arrêtent pas. Venir les ennuyer devient comme un moyen de s'intégrer et de faire rire les autres. Ils n'ont pas forcément l'impression de faire du mal, juste de plaisanter, mais le trio le vit moins bien qu'ils le croient.

Velvet a de plus en plus de mal à parler aux étrangers. Sa timidité ne fait que s'aggraver de plus en plus, et son estime d'elle est de plus en plus catastrophique. Elle finit par croire ce qu'on lui dit. Qu'elle est bizarre, qu'elle parle étrangement, qu'elle est aussi stupide que Stanley le dit. Chaque fois que quelqu'un lui parle, elle est comme paralysée, elle ne sait pas quoi répondre, et finalement, elle ne répond pas. On en profite pour la traiter de folle.

Son pire souvenir de cette période concerne sans doute son professeur de mathématiques. Il l'appelle au tableau, car il sait qu'elle ne saura pas répondre, et il la laisse devant un calcul qu'elle ne sait pas résoudre. Il laisse le silence s'installer. Et il attend. Longtemps. Velvet se met à trembler, elle entend des ricanements dans le fond de la salle, les gens qui se demandent si elle a le Parkinson à son âge. Garett finit par ne plus supporter la scène et il lui souffle la réponse, quitte à se prendre une punition. Malheureusement pour elle, ce n'est pas la seule fois que cela arrivera.

Velvet s'est détestée pendant cette période. Et ce n'est malheureusement pas Stanley et Violet qui l'ont aidée à passer outre. Sa mère n'a cessé de la tanner pour qu'elle améliore ses notes en mathématiques, alors que ces dernières chutent de plus en plus. Stanley, lui, ne cesse de confirmer ses craintes, en lui disant qu'elle est stupide et que personne n'ose le lui dire. Un soir, Stanley l'entend pleurer dans sa chambre, et il ne lui dit qu'une chose.

« Tu as encore eu moins de dix en maths ? T'es vraiment une glandeuse. »

Rose, malheureusement, vit la situation de façon similaire. Garrett, lui, arrive un peu mieux à la supporter, car il ne se soucie pas vraiment du regard des autres. Depuis qu'il est à l'école maternelle, il n'a jamais été vraiment positif. Mais le résultat, c'est que le trio ne sait pas vraiment se défendre, et à tendance à se taire face aux brimades. Certains disent que c'est la bonne attitude à adopter, mais au contraire. Cela ne fait qu'encourager leurs camarades.

Mais un jour, tout bascule complètement. C'est le jour où Vesper fait son entrée dans cette école. Velvet l'intègre au trio. Et malheureusement, les petits plaisantins ne le laissent pas de côté sous prétexte qu'il vient d'arriver. Vesper est un enfant étrange pour les autres en lui-même, puisqu'il a du mal à comprendre les émotions des autres, à en exprimer, ou à saisir le second degré. Et puisqu'il faut bien que cela arrive, un garçon de la classe de sa grande sœur vient et s'adresse à lui devant elle.

« Tu n'es qu'un sale autiste, qu'est-ce que tu fous là ? Tu devrais être dans un asile. »

Personne ne s'est attendu à ce que Velvet craque mentalement. Encore moins le jeune garçon. Elle se jette sur lui et elle le mord à la gorge, tellement fort qu'elle le fait saigner. Elle le fait hurler, provoque une panique dans toute la cour, et continue de le frapper une fois qu'il est au sol. Il faut que Rose et Garrett la saisissent et la retiennent pour qu'elle s'arrête de le cogner en le traitant de tous les noms, et ils ont encore du mal à le faire.

Elle se prend quelques jours d'exclusion, on la traite de folle et de chien enragé. Mais elle s'en fiche. C'est comme si cette simple phrase avait appuyé sur un interrupteur en elle. Le détonateur qui a lâché la bombe. Désormais, chaque fois qu'on la confronte, elle répond en étant la plus violente possible. Et à son grand étonnement, les camarades qui l'ont ennuyée perdent vite intérêt à l'idée de se faire lapider publiquement. Pour la première fois depuis longtemps, Velvet, Vesper, Rose et Garrett sont tranquilles.

Pour la remercier du calme qu'elle leur apporte paradoxalement en hurlant comme une harpie, Rose offre un béret en velours à Velvet. Elle lui dit que cela lui va encore mieux qu'elle l'aurait cru, et que ce chapeau est tout juste parfait pour elle. Depuis, la jeune fille ne s'en sépare plus. Elle préfère cette symbolique à celle du body violet que sa mère a acheté parce qu'elle l'a trouvé très réussi, et qu'elle a voulu que sa fille le soit autant.


Plainte cornélienne

Son craquage mental ne se limite pas qu'au cadre scolaire. Désormais, chaque fois que Stanley lui fait une remarque, elle lui répond avec une pique plus ou moins bien placée. Parfois, elle lui hurle juste dessus. Bientôt, Violet et Thomas ne sont plus les seuls à crier et à se disputer constamment. La maisonnée devient une véritable fanfare, entre les éructations des enfants, celles des parents, et lorsque les deux se rencontre et explosent.

Thomas attribue le soudain changement d'attitude de sa fille à une crise d'adolescence musclée. Il est loin de se douter qu'il s'agit de son seul moyen de défense, qu'elle pense que le monde est peuplé de loups et d'agneaux, et que les agneaux qui donnent les coups de sabots les plus puissants sont ceux qui parviennent à éloigner leurs prédateurs. Violet, quant à elle, prive Velvet de tout, ce qui ne l'empêche pas de se faire traiter de vieille salope psychorigide.

Quand Velvet se rend compte qu'elle parvient presque à se faire respecter et entendre de cette manière, elle prend peu à peu confiance. Si bien qu'un jour, elle décide d'annoncer quelque chose qu'elle n'aurait jamais osé dire quelques années plus tôt. Quelque chose qu'elle aurait gardé au fond d'elle, de peur d'exposer une partie vulnérable de son armure et de se faire cribler de flèches. Elle n'a plus peur à présent qu'elle s'est forgé une carapace de plates.

« Maman, papa, j'ai décidé de faire des études de dessin. »

Si Thomas est juste un peu surpris, Violet manque de s'étouffer avec sa propre salive. Elle lui fait bien comprendre que c'est hors de question, qu'ils seront la risée de toute la famille, que Charles se moquera d'eux et surtout d'elle. Qu'elle ratera complètement sa vie et qu'elle dépendra à jamais de ses parents pour subvenir à ses besoins. Que de toute manière, si elle n'en fait qu'à sa tête, elle sera déshéritée et finira sous les ponts.

Velvet perd rapidement son assurance toute nouvelle. Même si elle désire profondément apprendre le dessin, faire de la bande dessinée et illustrer les jeux vidéos de Garrett, l'idée de terminer sans argent, sans toit, sans nourriture, sans rien, ne lui fait pas plus envie que cela. Que devrait-elle faire alors ? Se diriger vers des études qui ne lui plaisent pas, et être malheureuse toute sa vie, mais rester riche et avoir l'approbation de sa famille ?

Thomas, avec l'éducation qu'il a reçu, n'est malheureusement pas aussi ouvert d'esprit qu'il aurait pu le paraître. Même s'il l'est bien plus que la presque totalité de sa famille. Son père Francis lui a bien fait comprendre que ne pas se diriger vers une profession bien payée, c'est rater sa vie, et finir dans la misère et la dépendance. Même lui, qui est pourtant bien plus laxiste que sa femme, ne soutient donc pas sa fille dans sa décision.

Cela dit, il lui propose une alternative. Il lui paye des cours de dessin en plus des études qu'elle fera. Comme cela, en plus de vivre sa passion, elle aura un diplôme et des possibilités. Velvet accepte avec joie et elle enlace son père adoré. Au final, cela se sera mieux passé qu'elle aurait pu le croire, et elle se retrouve avec une solution bien plus satisfaisante que de simplement tout laisser tomber pour aller dans une école d'art. Elle n'a pas ce qu'elle a demandé, mais elle est heureuse.


Le soleil du soir


Lorsqu'à quinze ans, Velvet change à nouveau d'école, Rose annonce à Garrett et elle qu'elle ne pourra pas aller dans la même qu'eux. Ses parents sont pauvres et ne veulent pas qu'elle fasse de longues études. D'abord pour une question d'argent, ensuite parce qu'ils disent que pour réussir dans la vie, il faut qu'elle ait un métier le plus tôt possible. Autrement dit, elle va devenir fleuriste contre son gré.

Velvet et Garrett sont outrés par cette révélation, et ils font tout leur possible pour que les parents de Rose changent d'avis. Ils vont jusqu'à les harceler au téléphone, mais cela ne fait que les conforter dans leur décision. Le trio se dit au revoir en pleurant et se jure de ne pas perdre contact. Au début, ils tiennent cette promesse, ils se parlent toujours par messagerie instantanée.

Et puis, au fil du temps, la promesse s'effrite. Ils parlent de moins en moins à Rose. Elle a beaucoup de travail, et eux aussi de leur côté. Ce n'est pas qu'ils ne s'aiment plus, c'est qu'ils ont de moins en moins d'intérêt pour elle et réciproquement. Un jour, ils arrêtent complètement de s'envoyer des messages. Comme cela, du jour au lendemain, parce que Rose n'a plus très envie, et qu'eux non plus.

A dix-huit ans, Velvet suit les recommandations de sa mère. Puisqu'elle est complètement littéraire, elle ne peut se diriger ni en économie, ni en sciences, ni en médecine. Ainsi, Violet lui dit que le plus respectable, c'est encore qu'elle aille faire du droit. Comme sa fille n'a aucune idée de ce qu'elle veut faire à part du dessin, elle accepte par défaut. Elle ne sait pas encore dans quelle galère elle s'est fourrée.

Les dix-huit ans de Velvet, c'est aussi l'année où Thomas adopte Soleil. C'est une hybride de seize ans, type renard brun, très instruite et cultivée. Elle doit aider le père à gérer ses comptes en tant que secrétaire personnelle, en plus d'assister personnellement Vesper. Elle fait son travail avec brio et personne n'a à se plaindre d'elle, pas même Violet. Pourtant, la cadette discerne dans son regard une sorte de malice, comme si elle observait un bateau de papier partir à la dérive.

« Tu vas regretter ta décision », dit un jour Soleil.

« Pardon ? » Répond Velvet.

« Ta décision de faire du droit. Tu n'aimes pas ça et ça se voit. Quand tu détesteras ton métier, tu ne seras pas heureuse, crois-moi.

- J'ai peur que ce soit vrai, mais je ne peux pas désobéir à ma mère.

- Tu devrais lui désobéir plus souvent. C'est une maniaque du contrôle psychorigide. Elle n'a rien de bon à t'apporter. »
Velvet a l'impression d'entendre ses amis, mais ce n'est pas l'avis de l'hybride du foyer qui changera quoi que ce soit à son orientation.

Garrett, lui, part en programmation, comme il l'a toujours prévu. Il fait promettre à Velvet de rester en contact avec lui, mais comme il en a eu l'exemple avec Rose, il doute que cette promesse sera tenue. Et en effet, elle ne l'est pas. Velvet croule sous tellement de travail, tellement de choses à apprendre par cœur, qu'elle ne répond que très périodiquement. Et les deux perdent très vite leur intérêt.

Un jour, la jeune fille vient voir Soleil et lui dit simplement : « tu avais raison ». Contre toute attente, elle devient sa confidente. C'est à elle qu'elle raconte à quel point elle ne supporte pas la voie qu'elle a choisi, à quel point elle ne retient rien parce que cela ne l'intéresse pas, à quel point elle s'ennuie et à quel point elle veut changer d'études. Soleil la soutient émotionnellement, mais ne lui donne chaque fois qu'un conseil : « fais ce que tu veux et ne laisse personne te dicter quoi faire, car tu ne peux te reposer sur personne ».


Les roses roses de Rose


Un matin, Velvet va prendre son petit déjeuner dans un café pour éviter sa famille. Pendant sa petite promenade, son attention est distraite par les longues boucles blondes vénitiennes d'une fleuriste, laquelle s'affaire à décorer un bouquet de tulipes. Elle se stoppe immédiatement. Son cœur rate un battement. Elle est certaine de les reconnaître. Elle pousse la porte du magasin, et la petite sonnette alerte la marchande de fleurs. Elle se retourne et plante ses yeux marrons dans ceux de sa cliente. Elle a l'air un peu perdue quelques secondes.

Velvet lui sourit légèrement et, sans lui dire bonjour, sort son portable, visiblement pour chercher quelque chose sur Google. Puis elle se saisit d'un bouquet d'agapanthes et passe à la caisse. La blonde se demande si son amie l'a reconnue ou non, mais elle ne fait aucun commentaire. Elle se contente de faire son travail, de lui dire le prix et d'encaisser l'argent. Velvet récupère le bouquet, et l'autre jeune femme lui demande pour qui sont ces jolies fleurs. C'est là qu'à sa grande surprise, la brune lui répond simplement : « pour toi ».

«Velvet », rit la jeune fleuriste. « A un moment j'ai cru que tu ne m'avais pas reconnue. » Elle reprend le bouquet que Velvet lui tend. « Tu sais que j'ai assez de fleurs comme ça ?

- Honnêtement, tu ne vas pas me dire que des fleurs qui viennent de moi valent autant que celles qui viennent du grossiste.

- Quel narcissisme. Le grossiste est plus beau et plus gentil que toi. Au passage, tu sais ce que ça veut dire, en langage des fleurs, des agapanthes ?

- Je sais oui. J'aurais pu t'offrir des roses mais ça n'aurait eu comme intérêt que de faire un jeu de mots pourri. Rose, roses. Tout ça. Les agapanthes c'est symbolique au moins. »


Rose rougit et serre un peu le bouquet contre sa poitrine. Velvet est incorrigible. Cela fait des années et elle est toujours aussi directe. Et elle porte toujours son béret en velours. Il devient trop petit pour sa tête, et pourtant elle le garde. Cela en devient presque gênant. En fait, la situation est bel et bien gênante, et la blonde commence à se tortiller d'embarras. Elle serre fort le bouquet, espérant sans doute qu'il fasse partir le blanc qui s'installe.

Le blanc ne s'en va pas, mais Velvet le brise en s'asseyant sur le comptoir sans la moindre honte. Rose s'apprête à lui demander de descendre immédiatement et d'arrêter ses bêtises, mais elle est coupée par un câlin, une étreinte si puissante qu'elle lui coupe le souffle pendant un moment. Sans lâcher le bouquet, la blonde l'enlace à son tour et enfouit sa tête dans son cou. Plus aucune gêne. Elle se sent bien. Elle a presque envie de pleurer.

« Tu m'as manqué Rosie. »

Velvet revient tous les jours. Le deuxième jour, elle lui offre un bouquet de camélias rouges. Le troisième, des genêts, puis des iris mauves. Cela n'a pas l'air de vraiment gêner Rose, alors elle continue. Chaque fois, c'est une petite occasion pour discuter de ce qu'elles sont devenues, de leurs études, de leurs hobbies. C'est avec un certain amusement qu'elles constatent qu'aucune n'a cessé de jouer à Pokemon. Ni aux jeux vidéos en général.

Parfois, il leur arrive de sortir après le petit achat de la brune, et elles vont se faire un cinéma ou un restaurant. Il ne faut pas bien longtemps pour qu'elles recommencent à sortir régulièrement comme elles l'ont fait avant. Comme les amies qu'elles ont été. Cela veut-il dire qu'elles sont de nouveau amies ? Rose ne le sait pas. Du côté de Velvet, elle commence à en douter. Elle sait parfaitement ce qu'elle veut dire avec ces fleurs.

Un matin, alors que la brune vient offrir des agérates bleues, Rose se saisit d'un bouquet de... roses roses. Et elle l'offre à Velvet, en prétendant que c'est un « cadeau pour sa fidélité ». Ses joues sont cela dit de la même couleur que les fleurs, et il ne faut pas longtemps à la brune pour comprendre et lui embrasser le front. Frustrée, la blonde met la pichenette de sa vie à l'autre jeune femme, au point de faire tomber son béret, puis elle lui donne un « vrai » baiser.

La brune s'imagine déjà abandonner les Wellington et prendre le nom de Velvet Daniel. Elle vivrait dans un appartement au-dessus de ce petit magasin de fleurs, avec sa Rosie, et le dernier mot qu'elle dirait à Violet et Stanley serait « fuck you, j'épouse une fleuriste et il n'y a rien que vous puissiez faire, bande de sociopathes psychorigides ». Elle organiserait de petits dîners à thème où Vesper, Soleil et Thomas seraient invités, où ils devraient sentir des fleurs et deviner laquelle il s'agit.

Mais tout cela reste du rêve, car il s'agit d'abord de terminer ses études de droit. Et quand elle sera devenue avocat, elle aura de quoi vivre avec Rose, sans dépendre de ses parents, ni de son oncle Charles et de ses millions. Elle rêve de s'éloigner de cette famille trop envahissante pour être saine, et elle n'y parviendra que dans quelques années, lorsqu'elle s'enfuira avec sa jolie blonde. Du moins, c'est ce qu'elle projette.


Le soleil se couche


« Mes parents ne veulent pas d'un enfant homosexuel ». Voilà comment Rose s'est justifiée lorsqu'elle a quitté Velvet par message. Cette dernière ne s'est jamais sentie aussi démunie. D'abord ses parents font de son amie une fleuriste contre sa volonté, et à présent, ils l'arrachent à sa présence? Elle ne prend même pas la peine de répondre au SMS. Elle se contente de fixer le vide. Puis pleurer. Et s'enfermer dans les toilettes.

Stanley rentre dans la chambre et il récupère le portable pour regarder ce qui fait sangloter sa sœur comme ça. Il trouve les messages d'une certaine Rose Daniel, accompagnés de photos de couple. Il n'aurait jamais cru que Velvet puisse cacher un secret comme cela. Contre toute attente, il ne décide pas de le révéler à Violet pour la mettre dans la mouise. C'est qu'il trouve la jeune blonde charmante et qu'il a une bien meilleure idée.

Velvet ne recontacte pas Rose. Elle attend un peu qu'elle le fasse, dans le fond, mais elle n'ose rien lui dire, elle n'a rien à ajouter à pareil coup de grâce. Si l'une doit reparler à l'autre, ce n'est pas elle-même. Et la blonde ne lui envoie plus jamais de message. Plus un seul. La brune fait semblant d'aller bien, mais elle entre dans une période de déprime d'une puissance encore jamais égalée dans sa vie. Faire le deuil de tout ce qu'elle a projeté est bien plus difficile qu'elle l'aurait cru.

Elle se confie à Soleil. Pour lui changer les idées, cette dernière décide de l'amener dans un aquarium, voir un spectacle de dauphins. Velvet a l'impression de retomber en enfance, et elle se surprend à vouloir plonger dans le bassin pour nager avec eux, à éclater de rire quand elles se font arroser. A la fin, elle embrasse l'hybride renard sur la joue pour la remercier de lui avoir fait passer un bon moment.

C'est une telle réussite que chaque mercredi, jour où l'humaine n'a pas cours, Soleil prévoit une sortie avec l'argent des comptes. Elle l'emmène dans un zoo, dans un cirque itinérant, à la fête foraine, au musée, au bowling, dans un laser game. Chaque semaine, Velvet attend avec impatience de savoir ce que son hybride lui a préparé, où elle a décidé de l'emmener cette fois. Cela devient même un jeu : tenter de le deviner.

« Mais au fait, pourquoi est-ce que tu fais tout cela pour moi ? » Demande un jour Velvet.

« Parce que tu es mon amie, je prends soin de mes amis. Et moi, je ne te laisserai pas tomber, c'est promis. » Pour la remercier de prendre soin d'elle, l'humaine offre de nombreux cadeaux à l'hybride, allant de dessins à des colliers de perles.

La sortie hebdomadaire est bientôt partagée par Vesper et Thomas. Si Stanley et Violet ne viennent pas, c'est que tout le monde a décidé de ne pas les en informer. De commun accord. Cela a un peu fait rire Soleil. Elle ne comprend pas pourquoi tous les hybrides, dans le centre où elle a vécu, ont dit vouloir vivre avec leur famille. De ce qu'elle voit, cela n'a aucun sens : les familles ne se choisissent pas et sont parfois bien fatigantes.


Le soleil s'est couché



Velvet a vingt et un ans. Soleil et Thomas sont partis pour un voyage d'affaires. Stanley s'est installé dans son propre appartement. Vesper passe la semaine chez lui, car Violet ne veut pas avoir à l'assumer. En somme, il ne reste plus qu'elle et Velvet à la maison. Au grand dam de cette dernière. Sa mère la harcèle pour qu'elle trouve son propre appartement, et elle ne veut pas en entendre parler. Cela l'ennuie affreusement.

Elle ne veut tellement pas passer une semaine seule avec sa mère qu'elle décide de prendre secrètement un billet dans le même train que son père et son hybride. Ce n'est pas comme si les millions qu'ils ont en banque n'étaient pas suffisants pour qu'elle puisse se payer un hôtel. Elle préfère de très loin être avec Soleil et Thomas, même si c'est pour un voyage d'affaires. Elle n'a pas conscience que ce sera là la pire décision de sa vie.

Tout est allé très vite, même si Velvet a vécu ce moment au ralenti. Pourtant, elle n'a plus le moindre souvenir de ce qu'il s'est passé. Quand on lui demande comment elle a eu sa cicatrice, elle répond simplement qu'elle a eu un accident de train qui a fait vingt et un morts, mais qu'elle ne se rappelle pas vraiment de ce moment. Juste des bribes de ce qu'on lui a raconté. Cet instant a été tout à fait effacé de son esprit, comme si sa mémoire avait trié les déchets et n'avait pas cru bon de le garder.

Il n'y a que dans ses cauchemars qu'elle le revoit parfois. Elle sent le train accélérer et une odeur de brûlé se diffuser dans les wagons. Puis tout se met à trembler, comme si les roues traversaient une allée de gravats. Finalement, elle sent ses pieds décoller, puis tout son corps, elle s'accroche au siège, mais la gravité a disparu et elle doit vite le lâcher. Tout le monde s'envole, puis se cogne partout, et devant elle se dresse un mur de flammes, elle se protège avec ses mains mais y tombe dos le premier.

Plus rien de tout cela. Velvet se souvient juste qu'elle se réveille dans une chambre blanche, que Vesper pleure à côté d'elle, que Stanley et Violet la regardent gravement. Qu'elle a très mal malgré la perfusion de morphine qui fait gonfler son bras. Elle demande ce qu'il se passe, pourquoi elle souffre à ce point, et une Violet tremblante lui dit qu'elle n'a pas la force de lui tendre un miroir. Velvet observe ce qu'elle peut observer, c'est-à-dire sa main, et quand elle la voit toute bandée, elle a très peur de ce qu'elle va trouver en-dessous, ou sur son visage.

Elle se souvient soudainement d'où elle était avant la page blanche. D'un air paniqué, elle demande où sont Thomas et Soleil. Vesper crie plus fort, Stanley grimace, Violet retient ses larmes. Velvet comprend, mais elle n'a pas envie de réaliser. Son regard se perd dans le vide. Elle ne dit plus un mot. Et tout comme elle ne se souvient pas des détails de l'accident, elle ne se souvient pas du temps qu'elle a passé dans le plus profond mutisme.

Les jours où elle reste à l'hôpital lui paraissent des années. Vesper passe lui donner sa console portable pour la réconforter et qu'elle ne s'ennuie pas, Stanley et Violet passent plus rarement changer les fleurs dans son vase. Pendant longtemps, elle se tait, et elle ne fait que fixer l'écran noir de la télévision éteinte. Son esprit a trop de conclusions à faire et d'éléments à réaliser pour qu'elle puisse parler. Et puis, au bout de bien du temps, elle se rend compte, se met à pleurer, hurler, et ameute le personnel.



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Velvet Wellington
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Mar 30 Mai - 16:18

HISTOIRE


Le tunnel vers l'enfer


Un jour, ce n'est pas sa famille, mais la police qui vient lui rendre visite. Velvet n'est même pas surprise et les accueille par un regard incroyablement vide. Ils s'installent devant elle, ont l'air un peu désolés, et lui pose quelques questions, auxquelles elle répond sans trop de conviction. Puis finalement, lorsque la conversation dérive un peu et qu'ils lui annoncent que le déraillement est probablement d'origine criminelle, ils parviennent enfin à lui arracher une expression. Un mélange entre la surprise, l'horreur, et le dégoût.

Elle fait tout pour obtenir les informations relatives à l'enquête. Visiblement, tout ce que l'on sait, c'est que cela a fait vingt et un morts, dont une dizaine impossibles à reconnaître, plus d'une centaine de blessés, et que le sabotage de l'aiguillage près du ravin était volontaire. Elle passe souvent au commissariat, elle fouille dans tous les journaux, sur tous les sites internet, pour voir comment cela avance. A son grand désespoir, les médias s'essoufflent et cessent de parler de l'affaire. Ses recherches d'information deviennent désespérées.

Finalement, un jour, la presse recommence à en parler. Car selon eux, la police aurait trouvé le coupable. Un certain Jacob Hodges. Il aurait été filmé par un témoin pendant qu'il sabotait l'aiguillage. Ce dernier connaissait parfaitement son fonctionnement. Il l'aurait fai de telle manière qu'il était certain que le train déraillerait, foncerait dans le ravin et prendrait feu. Velvet est un peu soulagée. Savoir celui qui a tué son hybride et son père sous les barreaux est un poids de moins sur la poitrine. Quand bien même son cœur reste aussi lourd que du plomb.

Elle suit encore un peu l'affaire dans les médias. Ils cessent très vite d'en parler pour passer à de nouvelles histoires sordides. Velvet est un peu dépitée, mais elle sait néanmoins qu'elle assistera au procès. Elle veut voir le visage de celui qui est la cause de sa peau calcinée, des cicatrices chéloïdes qui la font doucement gonfler. Elle détourne rapidement le regard quand elle se voit dans le miroir. Tout son dos est brûlé, la peau déformée, et le stigmate se répand jusqu'à la moitié de son visage. Elle entend parler d'opérations de traitement. Elle les essaye toutes, et parvient effectivement à améliorer un peu la situation. Mais elle n'obtient jamais un résultat satisfaisant à ses yeux.

Les cicatrices physiques ne sont pourtant que l'ombre des cicatrices mentales qu'il lui reste. Elle refuse de s'approcher de tout moyen de transport, et il lui faut très longtemps pour accepter à nouveau de rentrer dans une voiture. Elle est suivie de très près par un psychiatre. Il lui prescrit des médicaments contre l'anxiété qui l'assomment. Certains mots ou événements lui donnent parfois des flash-back insupportables, qui lui donnent des attaques de panique. Elle pense bien qu'elle est brisée à jamais, et qu'elle ne cessera jamais de détester cet homme.

Et puis un jour, alors qu'elle fait des recherches sans conviction, elle tombe sur l'article d'un journal qui parle encore de l'affaire. « The Weekly Thriller ». Elle y trouve le déroulé entier des enquêtes des journalistes, avec les preuves qu'ils dénichent, les entretiens qu'ils mènent, le tout de façon hebdomadaire. Il porte bien son titre, ce journal, puisqu’il se suit comme un roman policier. Fascinée, Velvet relit tous les articles qui traitent du déraillement, jusqu'à tomber sur un titre qui fait littéralement tomber sa mâchoire.

« Accident des Pennines : Jacob Hodges, des motivations cachées? »

Elle se jette sur lui comme un fauve se jetterait sur une brebis blessée. Dans cet article, elle découvre les motivations supposées dudit Jacob. En plus de faire supposément partie de la mafia et de travailler près de l'aiguillage qui a été saboté, d'en connaître parfaitement le fonctionnement, il aurait une rancune personnelle contre certains des passagers. Et pas contre n'importe quels passagers. Velvet déglutit lentement. Elle a l'impression d'avoir une boule de plomb dans la gorge. Contre les Wellington. Contre sa famille. Qui n'aurait jamais payé une dette qu'elle lui devait.

Cela dit, l'article émet de nombreuses réserves. D'abord, il n'a pas pu être certain que le déraillement du train provoquerait la mort de sa cible, et ç’aurait été extrêmement imprudent de sa part de compter là-dessus. Deuxièmement, Thomas et Soleil Wellington font partie des victimes impossibles à identifier, ce qui paraît être un très grand coup de chance. Troisièmement, c'est le second fils, Charles, qui avait une dette impayée envers lui, et non Thomas. Dernièrement, et ce denier point n'est pas des moindres, Jacob prétend que c'est Charles Wellington qui l'a payé pour faire dérailler le train. Personne ne le croit, on attribue cela à une tentative désespérée de s'en sortir et de faire accuser la famille, mais Velvet est trop troublée pour ne pas envisager que cela soit vrai.


L'intersection dans le tunnel

Velvet décide d'aller rencontrer l'auteur de l'article. Un certain Phillip Brown, rédacteur en chef de son journal. Elle l'appelle avec une voix timide et brisée, comme si elle ne savait pas trop dans quoi elle s'engage. Il lui trouve un rendez-vous très rapidement quand il apprend qu'il s'agit de Velvet Wellington, l'une des victimes et fille de la présumée cible. Deux jours plus tard, elle peut le rencontrer.

Elle se prépare pour sortir, pour la première fois depuis quelques mois. Elle prend bien soin de cacher toute sa peau avec une veste à manche longues et des gants, ainsi qu'une chemise avec un col en dentelle qui permet de dissimuler son cou. Elle cache la moitié de son visage avec ses cheveux et les maintient avec son vieux béret. Elle s'observe dans le miroir. On voit encore un peu la cicatrice. Elle soupire longuement. C'est vraiment hideux.

En sortant dans la rue, elle doit affronter le regard des gens, pour la première fois depuis qu'elle est rentrée de l'hôpital. Les sentir jeter un petit coup d’œil, puis détourner le regard. Cela aurait pu être anodin, elle aurait pu passer outre. Mais c'est blessant. Même avec tous les efforts qu'elle a fait pour se cacher, on la remarque toujours. C'est que sa brûlure doit être très voyante. Elle accélère un peu le pas, et court vers la sonnette de l'immeuble comme vers le salut.

Quand elle entend la sonnerie d'ouverture, elle pousse la porte de l'immeuble avec force et grimpe l'escalier en courant. Elle jette un œil au petit papier dans sa poche, et s'arrête au pallier du deuxième étage. Puis elle aperçoit une petite plaque qui indique le nom de « Phillip Brown ». Elle déglutit lentement, comme si elle avait peur de quelque chose, puis elle toque à la porte avec appréhension.

L'homme qui vient lui ouvrir porte négligemment sa chemise et sa cravate mal attachée. Il a les cheveux mi-longs, et une barbe de dix jours en bouc assez mal taillé. Il a des cernes et un air fatigué, mais son sourire est bienveillant. Velvet se sent soudainement en confiance. Pas parce que l'homme a foncièrement l'air respectable, plutôt parce qu'il a l'air calme et accueillant. Elle lui rend son sourire, avant qu'il prenne la parole en premier.

« - Bonjour, vous êtes mademoiselle Wellington ? Enchanté. Phillip Brown, vous pouvez m'appeler Phillip.

- Bonjour, enchantée. Et vous pouvez m'appeler Velvet.

- Entrez Velvet, installez-vous sur le canapé, je vais vous faire du thé. Vous aimez le thé ?

- Pas vraiment...

- Café ?

- Avec plaisir, sans vouloir vous déranger. »


Velvet attend et observe l'appartement. Seuls l'horloge et la cafetière brisent le silence qui règne dedans, faute à la rue isolée dans laquelle il se trouve. Il n'est pas bien rangé, mais ce n'est pas le bazar non plus. Quand elle y pense, il doit être le reflet de son propriétaire, négligé mais accueillant, un endroit où on se sent à la maison malgré le fait qu'il ne soit pas impeccable. Phillip revient avec le café et s'installe sur le fauteuil, aux côtés de la jeune fille. Il lui sert une tasse, puis il s'en prend une également. C'est après avoir versé les boissons qu'il se décide à prendre la parole.

« Alors, vous dites avoir des informations, mademoiselle Wellington? » Velvet prend une petite gorgée de café avant de répondre.

« Oui, forcément. Dans votre article, vous avez dit que Charles avait une dette envers lui ?

- Effectivement.

- Qui l'a prétendu ?

- Charles lui-même.

- Mais ça n'a aucun sens. Notre famille est millionnaire. Il est co-PDG de Spendry. Comment pourrait-il laisser une dette impayée ? Combien elle faisait, cette dette ?

- D'après le notaire, Charles se serait perdu en pleine cambrousse, sans moyen de rentrer. Il allait dormir dehors, mais Jacob lui aurait proposé de loger chez lui et de le raccompagner en voiture vers la ville la plus proche, contre cinq mille livres. Charles n'a pas vraiment eu le choix, il a fait reconnaître cette dette devant le notaire du plus proche village. Mais plus tard, il a refusé de payer, car il a estimé que Jacob avait abusé de la situation.

- Cette histoire n'a aucun sens. Encore une fois, Charles est millionnaire. Cinq mille livres, c'est un penny pour lui. Et comment s'est-il perdu aussi loin dans la campagne ? Il ne pouvait pas appeler un taxi ?

- Randonnée sauvage, apparemment. Et les taxis ne passaient pas dans cette zone. Dites-moi, quelle relation votre oncle avait avec Thomas ? 

- Ma mère l'aimait beaucoup et voulait toujours son approbation, mais mon père le trouvait vraiment ennuyant. Il était jaloux du poste de PDG dont mon père avait hérité.

- C'est plutôt intéressant, ça veut dire qu'il aurait eu une motivation pour faire tuer son frère. »


Velvet se fige. Ses paupières s'écarquillent et ses dents se serrent. Elle comprend d'un seul coup. L'entreprise. Le poste de PDG. Charles l'a toujours convoité. Aurait-il pu aller aussi loin ? Elle sent une boule de plomb grossir lentement dans sa gorge. Non, quelque chose cloche. S'il a spécifiquement voulu tuer Thomas, pourquoi utiliser un train ? Il y a plus de survivants que de morts et elle en est la preuve. Pourquoi ne pas user d'une méthode plus propre, plus sûre, avec moins de victimes, et moins risquée légalement ?

« Je ne pense pas que ce soit le cas », objecte-t-elle d'une voix brisée.

« Quoi qu'il en soit, nous avons une piste. Vous voulez savoir autre chose ?

- Comment se nomme le notaire qui a fait reconnaître la dette ?

- William White. »
Velvet est de plus en plus tétanisée.

« C'est le frère de ma tante par alliance, Bianca », finit-elle par siffler. Phillip a l'air surpris quelques secondes. Puis il finit par faire claquer sa langue contre son palais.

«  Ça, c'était inattendu. Personne ne m'a parlé de ça. Pourtant, c'est une information cruciale. » Il marque une pause et fixe la jeune fille dans les yeux, comme s'il tentait de lui parler avec. « Je vais vous faire une proposition. Que diriez-vous de m'assister dans cette enquête? Vous connaissez mieux votre famille que moi, et ça a l'air d'être une sacrée histoire de famille. Demain, j'irai interroger Jacob Hodges. Vous venez avec ? »

Velvet accepte. Si sa famille est bel est bien en train d'organiser des magouilles comme cela, elle ne sera certainement pas la dernière en reste. Et s'ils ont fait quelque chose de répréhensible, elle sera la première à les mettre en face de leurs actes. Sa tétanie se change lentement en colère. Elle ne supporte pas de ne pas connaître la vérité sur cette affaire. Avec l'aide de Phillip, elle montrera à ces calculateurs qui est le plus malin parmi eux, qu'on ne fait pas brûler la peau de Velvet Wellington et qu'on ne tue certainement pas son père et son hybride.


Confrontation

Le lendemain, Velvet accompagne Phillip au poste de police comme prévu. Les agents la fixent et elle a le réflexe de cacher la moitié de son visage avec sa main. Malheureusement pour elle, elle est un peu brûlée aussi. Quand ils détournent le regard, elle se détend un peu et cesse de se cacher. Elle soupire légèrement. Pourquoi est-ce qu'elle prend la peine de faire cela, après tout, ses stigmates ne disparaîtront jamais.

Ils s'installent dans la salle des visites. Les agents font entrer Jacob Holmes. Il a la cinquantaine, il est très musclé, et son crâne est ravagé par la calvitie. Velvet le hait instantanément. Elle a l'impression de voir le visage de sa douleur entrer dans la pièce, et si elle n'était pas séparée de lui, elle aurait eu envie de le déchiqueter à la main. Phillip la sent tendue, alors il prend sa main dans la sienne. Elle la serre très fort.

Quand Jacob aperçoit Velvet, il a un petit mouvement de recul. Ce n'est pas bien difficile de comprendre pourquoi. On l'invite à s'installer, et il le fait, mais ne lâche pas la jeune fille du regard, ce qui commence à très fortement l'agacer. Il a sans doute compris, alors comment ose-t-il seulement la fixer dans les yeux ? C'est lui qui brise le silence et prend la parole pour la première fois.

« Bonjour. Mam'zelle, qu'est-ce qui vous est arrivé ?

- Devinez »
, répond Velvet d'un ton tranchant et dégoûté. Il baisse les yeux, ce que la jeune femme trouve étrangement satisfaisant.

« Je... désolé.

- C'est ça, désolé. »
Phillip ne prend pas la parole, il la laisse commencer comme elle le sent, puisqu'il sent qu'elle a besoin de régler des comptes. « C'est un peu tard pour être désolé.

- Écoutez, j'ai pas accepté cet entretien pour me faire bâcher, alors...

- Non, c'est bon, je vais passer aux questions. Tout d'abord, si Charles Wellington vous devait une dette, pourquoi avoir tué son frère ?

- Y a pas de dette, ce connard l'a inventée. J'ai fait ses basses besognes pendant des années et il m'a toujours payé. Vingt mille livres par ''service''. Et puis là il m'a carrément proposé de me donner une action dans son entreprise gratuitement si je faisais dérailler le train. Alors... je l'ai fait. Je sais, je suis un monstre. Mais j'ai des gosses à nourrir.

- Et tu préfères tes gosses à ceux de tous les autres à ce que je vois. Qu'est-ce que tu entends par service ?

- Je travaille avec les trains, mais à côté, je suis aussi tueur à gages. Je me suis pas fait choper jusqu'à aujourd'hui. Et si je me suis fait avoir maintenant, c'est parce que Wellington a fait filmer les preuves. Je sais pas pourquoi il a fait ça. C'était un bon client mais j'aurais pas dû le croire sur parole comme ça.

- Je pense que t'es la dernière personne habilitée à parler de morale. A mon avis Charles n'avait pas envie de céder une action comme ça. T'as été très con d'y croire. Mais je comprends pas pourquoi il aurait besoin des services d'un tueur à gages. Ni pourquoi il voudrait tuer Thomas. Encore moins en faisant dérailler un train. C'est un connard, mais... »


Velvet fixe le sol comme s'il était en train de l'hypnotiser. Elle se mord la lèvre. Charles est peut-être plus qu'un connard, justement. Il est tellement jaloux et égocentrique. Il n'a jamais aimé Thomas. Qu'est-ce qui lui dit qu'il est incapable de tuer pour avoir sa place ? Plus ça va, plus elle doute, même s'ils n'ont strictement aucune preuve à part les dires du coupable.

« -Mademoiselle, ça va ? » Velvet ouvre la bouche, mais il n'en sort qu'un sifflement. Phillip la prend par l'épaule dans un geste réconfortant, et continue l'entretien à sa place.

« Connaissez-vous la personne qui a filmé ?

- Ah non pas du tout. Et la police refuse de révéler qui c'est. Protection des témoins, tout ça.

- Merci tout de même. Connaissez-vous un certain William White ?

- Jamais entendu parler. »


L'entretien dure une heure environ. Ils parviennent à récupérer quelques informations et des noms utiles, mais laissent aussi énormément de questions sans réponse. Malgré tout, pour Velvet, la prochaine étape se trouve chez William White. Cela, et retrouver l'homme qui a pris la vidéo. Elle prend peu à peu confiance. Ensemble, elle et Phillip parviendront à trouver le fin mot de l'histoire et à faire punir les cerveaux de l'affaire.


Spilled crimson wine

Encore une réunion de famille. Comme d'habitude, on est ensemble autour d'une table chez le vieux Francis, et on s'envoie autant de piques toxiques que dans un combat Pokémon entre un Smogogo et un Nidoking. Le grand-père ne remarque toujours rien et il ne fait toujours que vanter ses hybrides de collection, et à quel point ils sont bien élevés, même si cette saleté de petite peste d'enfant aigrette s'est enfuie après avoir mis le boxon.

Stanley est en retard. Pourtant, c'est lui qui a demandé à ce que la famille se réunisse, car apparemment, il aurait une bonne et une mauvaise nouvelle. Il a bien mis l'emphase sur la mauvaise  et a bien fait comprendre à sa famille que la bonne ne la rattraperait certainement pas. Tout le monde est un peu tendu, d'autant plus parce qu'il n'arrive pas.  Au bout de quelques heures, pour une fois depuis des lustres, la table des Wellington est silencieuse.

Puis, le bruit d'une sonnette. Quelqu'un attend en bas du manoir. L'hybride libellule se presse pour aller lui ouvrir, et tout le monde retient son souffle pendant quelques secondes. On entend des pas dans le couloir. Puis se profile un jeune homme en costar cravate, très bien attifé, aux lunettes carrées bien ajustées sur son nez. Et à son bras, une jeune femme aux longues boucles blondes vénitiennes. Et aux tâches de rousseur.

Le cœur de Velvet rate un battement. Elle ouvre légèrement la bouche, ressemble à un poisson pendant quelques secondes. Elle reconnaîtrait cette chevelure dans la foule de Rio. Elle sent fort l'organe dans sa poitrine, qui palpite si puissamment qu'elle a l'impression qu'il va s'en échapper. Pourtant, quelque chose cloche terriblement. Que fait-elle au bras de Stanley ?

« Rose », souffle Velvet.

La dénommée, surprise, plante son regard dans celle qui fut son amante pour peu de temps. Puis elle a un mouvement de recul, comme si elle avait vu un fantôme. Elle l'observe de haut en bas et déglutit, le regard horrifié, avant d'ouvrir légèrement la bouche. Il n'en sort qu'un souffle, avant qu'elle parvienne enfin à bredouiller difficilement.

« Velvet... mais qu'est-ce qu'il t'es arrivé... »

Velvet ne répond pas. Les deux sont blanches comme un linge et raides comme des piquets. Stanley observe la scène, a un sourire mauvais pendant quelques secondes, puis invite Rose à s'asseoir à côté de lui. Elle s'exécute. La brune ne bouge pas, elle est comme paralysée, physiquement tout comme mentalement. Un millier d'hypothèses défilent dans sa tête pendant qu'elle fixe son assiette vide, au point qu'elle en reste complètement figée.

« Tu disais avoir une bonne et une mauvaise nouvelle, Stanley ? » Commence Francis en envoyant un regard évocateur à son hybride lion, qui lui indique de ramener les plats.

« Oui. Commençons par la bonne nouvelle, car vous ne pourrez penser qu'à la mauvaise une fois que je l'aurai dite. La bonne, c'est que je me marie. Voici ma partenaire, Rose Daniel. »

Tout le monde se réjouit et félicite Stanley pour avoir conquis le cœur d'une si jolie fille. Rose semble vouloir s'enterrer dans le sol. Velvet est estomaquée et elle a l'impression qu'on lui déchire les boyaux. Stanley a un sourire mauvais. Si cela, c'est la bonne nouvelle, la jeune brune n'imagine même pas ce que va être la mauvaise.

Après un moment de réjouissances et avoir servi la salade de homard, on demande à Stanley de passer à la mauvaise nouvelle. Stanley semble hésiter, comme si les mots lui restaient coincés au fond de la gorge. Quand il essaye de parler, une sorte de gargarisme en ressort, et il bafouille un peu avant de se reprendre en resserrant sa cravate. Sa sœur ne l'a jamais vu ainsi, lui qui est toujours si confiant et propre sur lui. Pour qu'il se mette dans cet état, cela doit être vraiment grave.

« Vesper est mort. Il s'est suicidé », finit-il par sortir.

Silence.

« Je... hum. » Il sue légèrement. « Je vais... si vous voulez bien... je vais vous lire sa lettre d'adieux. » Il se racle la gorge. « Ma chère famille,

Je suis fatigué. D'abord, j'ai été fatigué de crier. Puis j'ai été fatigué qu'on me crie dessus. Puis j'ai été fatigué d'être fatigant pour tous les autres. Maman, je n'ai jamais voulu que tu ailles mal à cause de moi. Je n'ai jamais voulu être un fardeau. Tu as eu raison de me laisser chez Stanley depuis la mort de papa. Stanley est le seul qui dise la vérité. Que je suis un attardé. Que je rends la vie difficile pour tout le monde. Que personne n'a envie de m'assumer. A part papa et Soleil. Mais papa et Soleil ne sont plus là, et j'ai envie de les rejoindre. Alors je vous laisse. Vous irez mieux sans moi, et j'irai mieux avec eux.

Velvet, je t'aime profondément, et j'irai demander à Dieu de t'enlever tes cicatrices.

Vesper.
 »

Silence total. Velvet a l'air d'avoir vu un monstre, tant elle est blême et fantomatique. Stanley sue à grosses gouttes et regarde le sol. Tout le monde a l'air estomaqué, surtout Violet. Rose n'a pas l'air de savoir ce qu'elle fait là, et encore moins pourquoi son fiancé a décidé d'annoncer leur mariage juste avant une nouvelle pareille, surtout devant son ex. Finalement, il commence peu à peu à y avoir du mouvement. Violet se met à hurler, tout le monde a l'air abattu et détruit. Velvet serre les poings et les dents.

Un rugissement suraigu retentit dans la pièce. Personne n'a le temps de voir voler la jeune femme au-dessus de la table, en renversant toute la vaisselle qui se trouve sur son chemin. Velvet se jette sur Stanley sans aucun égard, comme un fauve se jetterait sur sa proie. Les deux s'écrasent au sol dans un cri étouffé. Le jeune homme est sonné. Elle le saisit à la gorge. Elle la serre d'une main comme pour la briser. Elle le frappe une fois sur ses lunettes. Deux fois. Trois fois.

« Pauvre merde ! Salaud ! Psychopathe ! Assassin !  Tu l'as tué ! » Hurle-t-elle à s'en détruire la voix. Elle se saisit d'une assiette sur la table et la fracasse contre son crâne. Il faut s'y mettre à plusieurs pour la retenir. Et même là, elle continue de se débattre et de crier. « Et Rose, j'espère que t'es fière de te taper ce déchet ! Tu n'es qu'une pauvre traînée ! Une salope ! » On lui hurle de se calmer, mais elle est comme en pleine crise d'hystérie, tout comme Violet qui est en pleurs, sans remarquer son qui a les lunettes brisées et le visage en sang.

Stanley se redresse, souffrant et complètement sonné, un peu de sang coulant le long de son visage. Quand il reprend ses esprits, il jette un regard noir à Velvet. Mais au fond de ses yeux, tout au fond, la jeune femme a l'impression de discerner autre chose que de la colère. Elle a l'impression d'y voir du dédain. Du mépris. Et une autre lueur qu'elle ne saurait pas nommer.

« N'essaye même pas de mettre le blâme sur moi », dit-il d'une voix froide et calme, même s'il a les larmes aux yeux. « Tu ne lui as presque plus parlé depuis la mort de papa. Tu es tout aussi fautive que maman et moi. Et assassin... je ne savais pas que tu pouvais être aussi cruelle. » Il éclate en sanglot. Velvet se calme doucement. On la lâche. Elle rejoint les pleurs collectifs.


Filet de lumière

Velvet ne répond plus à personne. Même plus à Phillip, dont elle ignore les centaines de messages. Elle se vide des bouteilles de whisky entière. Elle dort dans sa chambre toute la journée et joue à des jeux toute la nuit. Elle refuse d'aller en cours. Elle cesse peu à peu de s'alimenter correctement, se contente souvent d'un paquet de chips et d'une bouteille de whisky par jour. Sa mère, qui est en plein deuil également, comprend et la laisse faire. Son psychiatre désespère et lui somme de faire un peu d'exercice, de sortir et de s'alimenter, mais elle ne veut rien entendre, alors il lui prescrit des médicaments.

Tout ce que cela réussit à faire, c'est l'assommer d'autant plus. Elle rate son année. Elle est censée reprendre dans quelques mois, mais elle n'est pas certaine d'avoir envie de bouger. Surtout pour faire du droit. Elle déteste le droit. C'est à cause de sa mère si elle en fait, à cause de sa salope de mère qui a tué Vesper avec Stanley et qui n'a pas été punie pour ça. Un jour, elle jette ses livres et ses notes de cours par la fenêtre et elle y met le feu.

La seule chose qui réussit à la faire sortir, c'est son cours de dessin. Elle s'améliore de plus en plus et pendant un moment, elle envisage de dire à sa mère qu'elle peut bien aller se faire foutre, de bazarder ses études de droit et de partir faire de l'art de gré ou de force. Puis elle se rappelle qu'elle ne survivra pas sans que Violet lui paye de quoi satisfaire ses besoins.

Malgré tout, c'est dans cette période qu'elle commence sa petite bande dessinée dans un vieux carnet vierge. Elle se demande comment elle peut garder Vesper auprès d'elle même s'il est parti, et elle se dit qu'en faire un personnage en est une bonne manière. Elle se demande ce qui pourrait le représenter, puis elle se souvient que son prénom signifie « le soir », alors elle dessine une lune avec des jambes. Puis, pour se représenter elle, elle choisit un béret ambulant.

« Les aventures fantastiques de la lune et du béret » devient sa préoccupation principale. Elle ne fait plus que ça pendant qu'elle a du temps libre. Toute personne normale aurait trouvé cela fortement perché, mais garder son frère auprès d'elle en bande dessinée devient sa façon de survivre mentalement à son décès. Elle se demande parfois si, autrement, elle serait devenue folle, ou si elle l'est déjà, à rester recluse en réalisant la bande dessinée la plus bizarre qu'on ait vu.

Des personnages se rajoutent au fur et à mesure. D'abord, il y a une manette qui veut développer ses propres jeux. Ensuite, il y a une rose rose, qui se marie plus tard au Diable en personne. A cela, elle rajoute des personnages inventés qu'elle considère un peu comme ses amis imaginaires. Une carafe d'eau le jour où elle a eu très chaud et a rêvé de boire un peu, un pot de mayonnaise le jour où elle a mangé des œufs et qu'il n'y en a plus eu, et très étrangement, quelques personnages de Touhou Project qui viennent faire des caméos.

Elle range tout cela précieusement dans sa bibliothèque. C'est également dans cette période qu'elle a commencé à noter tous les détails de sa vie. Elle a l'impression que tout est éphémère, que tout peut se briser du jour au lendemain, et que tout consigner sur le papier est une façon de garder les choses en vie, d'empêcher qu'elles soient complètement détruites. Cela devient une véritable obsession, sans doute presque pathologique.


Le début de la fin


Velvet a vingt-trois ans. Elle ne sort toujours pas et elle ne se fait toujours pas d'amis en dehors de sa bande dessinée et de ses jeux vidéos en ligne. Elle n'a toujours pas repris ses études et même si Violet commence à lui en tenir rigueur, elle refuse toujours de le faire. Elle a juste envie de prendre un million ou deux et de les utiliser pour ne rien faire du tout de sa vie. Son psychiatre lui dit qu'elle est en sévère dépression, elle dit qu'elle a simplement compris à quel point rien n'est acquis.

Et puis un jour, un petit événement vient la sortir de sa léthargie. C'est un SMS de Phillip. Elle s'étonne qu'il s'intéresse encore à l'affaire, mais c'est bien pour lui en parler qu'il l'a appelée. Elle est un peu impressionnée par son acharnement et elle décide, pour une fois, de le lire. Après tout, peut-être qu'il a du nouveau sur l'affaire, et ce n'est pas une bonne idée de la laisser complètement tomber. Si quelqu'un de sa famille a organisé la mort de Soleil et Thomas, il faut qu'elle le sache.

« Bonjour ou bonsoir mademoiselle Wellington. J'ai du nouveau. Si cela vous intéresse, rendez-vous chez moi quand vous voulez, du moment que c'est après dix-huit heures. »

Bien malgré elle, cela l'intéresse. A contrecœur, elle s'habille en jogging et en pull large, les premiers vêtements qu'elle ramasse dans son armoire. Et elle se rend chez Phillip pour la première fois depuis longtemps. Le quartier n'a pas changé, il est toujours aussi vide et silencieux, certainement un peu comme sa tête. Seul le bruit de la sonnette vient troubler ce calme mortuaire et sortir Velvet de la contemplation de ses pieds.

Phillip vient lui ouvrir. Il n'a pas changé non plus. En sa présence, Velvet se sent instinctivement mieux. Cet homme a beau ne pas savoir repasser ses chemises, il est tout de même bien rassurant et réconfortant, et il y a quelque chose chez lui qui donne un sentiment de sécurité à la jeune femme. Elle a l'impression que dans cet appartement, comme dans cette rue, le temps est figé et rien ne peut arriver.

« Entrez mademoiselle Wellington. Je suis vraiment heureux que vous ayez finalement répondu ! » Son sourire ne le dément pas. « Entrez, que je vous fasse un café. Et installez-vous confortablement. »

Elle s'exécute, l'air toujours aussi vide et blasé. Elle s'enfonce doucement dans le dos du canapé, qui se moule à la forme de son corps. Elle observe un moment Phillip qui s'affaire en cuisine, écoute le bruit que font la machine à café et l'horloge. Rien n'a changé. Velvet trouve cela tellement réconfortant, de savoir que parfois, les choses restent les mêmes peu importe le temps qui peut passer. L'homme revient s'asseoir à côté de la jeune femme et met la tasse de café entre ses mains.

« Attention, c'est chaud. Donc, je dis que j'ai du nouveau. Et pas des moindres. C'est un peu long, donc je veux que vous soyez à l'aise pour m'écouter. Vous êtes à l'aise ?

- Vous n'avez pas idée »
, répond Velvet, qui se voit mal se sentir mieux qu'ici.

- Très bien ! Alors je commence. » Il pose sa tasse de café pas même entamée sur la table basse. « Vous vous souvenez de William White ?

- Bien entendu, c'est le frère de ma tante par alliance.

- Oui, mais c'était surtout pour savoir si vous vous souveniez qu'on avait un dossier sur lui. Enfin, je suis allé le voir. Il a strictement refusé de me donner plus d'informations sur la dette que Charles Wellington avait, car c'était de l'ordre du confidentiel. Heureusement, j'ai des contacts dans l'administration fiscale, et il se trouve que celui à qui le dossier a été déposé est également un White. Plutôt cocasse non ?

- Nom de dieu.

- J'ai fait vérifier où et quand le dossier a été enregistré, et là, accrochez-vous bien, c'est le meilleur. La dette date du 21 Novembre 2042. Or le dossier a été enregistré le 3 mai 2043. Le fait est que Charles a prétendu que la reconnaissance de dettes avait été effectuée tout de suite. Vous savez ce que ça veut dire ?

- J'ai peur de comprendre.

- La dette a été inventée. C'est complètement bidon. Je ne sais pas comment Charles a pu penser que cela pourrait passer. Devant un procès, cela aurait fait la différence. Maintenant, j'ai du mal à comprendre pourquoi il aurait fait cela. C'est un homme intelligent, filmer Jacob en train de saboter l'aiguillage aurait amplement suffit.

- Jacob a dit que c'est mon oncle qui l'a payé pour le faire. S'il n'y avait pas eu ces dettes, il n'aurait pas eu de motif, et une enquête plus approfondie aurait été menée sur Charles, j'imagine. Putain j'y crois pas, il a fait tuer mon père pour récupérer le poste de PDG... et David et sa femme sont dans le coup... j'y crois pas... »


Velvet se le répète mais dans le fond, elle y croit, elle en a eu l'intuition. Qu'est-ce qu'on peut penser de plus ? Charles est un connard doublé d'un imbécile. Elle ne l'a pas pensé réellement dangereux jusqu'à aujourd'hui, mais qui sait jusqu'où il peut aller ? Pour sa propre sécurité, il faut qu'elle s'éloigne de sa famille, cela devient trop dangereux. Elle ne sait pas ce qu'ils pourront faire la prochaine fois.

«  Attendez, il y a autre chose », rajoute Phillip. A ce stade, Velvet s'attend vraiment à tout entendre. « J'ai interrogé tous les survivants du train et tous ceux qui étaient présents à la gare. Personne n'a vu qui que ce soit qui ressemble à Thomas et Soleil. Cela ne prouve rien, mais c'est bon à savoir. Thomas aurait pu passer inaperçu, mais Soleil... »

Velvet en a trop entendu. Elle vérifiera les choses elle-même. Il y a certaines pistes qu'elle peut utiliser pour avancer dans l'enquête, si c'est bien ce qu'elle croit. Quand elle se dit cela, elle est prise d'une drôle d'excitation. Elle se sent comme les détectives dans les polars qu'il lui est arrivé de lire plus jeune, qu'ils soient sous forme de livre ou de bande dessinée. Cette idée lui plaît tellement qu'elle se sent comme investie par un souffle nouveau.


Le jeu

La première chose que Velvet fait en rentrant, c'est vérifier les comptes. Elle cherche dans l'historique des dépenses jusqu'à l'achat du billet de train. Est-ce que Thomas l'a réellement acheté ? Peut-être qu'il n'a jamais été dedans, pour une raison ou une autre. Elle n'a aucune idée du pourquoi, mais elle est certaine que c'est une piste. Et en effet, la découverte qu'elle fait ne la laisse absolument pas tranquille.

Thomas a bien acheté le billet de train, mais peu avant, il a fait un versement de quatre millions de livres à un certain Richard Kyle. Pourquoi une dépense si importante, sans qu'il semble y avoir de contrepartie ? Pourquoi est-ce que personne n'a remarqué cela avant ? Qui est ce Richard Kyle ? Il faudra qu'elle en parle à Phillip, du moins, quand elle aura annoncé sa décision à sa mère.

« Maman, je ne reprendrai jamais mes études de droit. J'arrête. »

C'est ce que Velvet a dit à sa mère lorsqu'elle a pris sa décision de devenir journaliste d'investigation, comme son modèle. Désormais, elle se moque de ce que sa vieille mère peut bien penser. C'est à elle de choisir ce qu'elle veut faire de sa vie, pas ses parents. Violet s'est fortement énervée, a dit que ce n'est pas un métier à la hauteur ni de ses compétences ni de la famille, et que si c'est vraiment sa décision, elle peut mettre la clé sous la porte.

Sa fille n'a pas hésité. Elle est allée directement se faire héberger chez Phillip, comme il le lui a proposé. Violet a beau avoir recommencé à sortir avec quelqu'un un an après la mort de Thomas, elle s'est soudain sentie bien seule dans son grand manoir. Elle n'a pas compris que sa fille dénie son autorité de cette manière, et elle a pensé que tout ce qu'elle ferait, c'est retourner dans sa chambre et reprendre ses études de droit gentiment. Mais elle s'est bien trompée.

Velvet n'a aucun regret. Elle peut enfin s'éloigner de cette famille toxique, qui ne lui apporte rien de bon et que du mal, en plus de risquer de la tuer. Elle peut enfin se concentrer totalement sur l'affaire de Soleil et Thomas. C'est ce qu'elle fait. Elle s'assoit à nouveau sur le canapé avec une tasse de café, et reprend la discussion là où ils l'ont arrêtée.

« Et donc, Phillip, je suis allée regarder dans l'historique du compte en banque. Il se trouve que Thomas et Soleil ont bien acheté les billets de train, mais peu avant ça, mon père a fait un versement de quatre millions de livres à un certain Richard Kyle. Je pense que c'est assez louche pour le mentionner.

- En effet. Je propose que l'on fasse vérifier qui est ce dit Richard Kyle. La banque doit avoir conservé des archives. »


Quelque jours plus tard, Violet commence à s'inquiéter. Elle appelle sa fille, et lui dit que si elle veut vraiment vivre seule, elle peut prendre tout de même deux millions de livres dans le compte au cas où. Velvet ne se fait pas prier. C'est comme cela qu'elle achète son propre appartement et paye ses études de journaliste. Elle sait que Phillip la prend volontiers en stage pour élucider d'autres affaires que la sienne.


Comme un jouet cassé

« Rose, je n'ai qu'une seule question. Pourquoi lui ? »

Encore une réunion de famille chez les Wellington, mais cette fois, elle se déroule chez Stanley. Velvet a plaqué celle qui a été amante contre le lit de son propre frère. Elle la regarde d'un air pénétrant tandis qu'elle sent la respiration de l'autre fille accélérer. Si c'est de l'excitation ou si c'est de la gêne, Velvet ne le sait pas, et elle aimerait bien le vérifier. Mais chaque chose en son temps, il s'agit d'abord de la faire parler.

 « Velvet, mes parents...

- Je sais que tes parents ne veulent pas d'un enfant homosexuel. Je sais que t'es une lâche qui veut rien assumer. C'est pas le souci. Pourquoi Stanley ? »


La blonde regarde ailleurs et déglutit. Pour ne rien vouloir assumer, elle ne veut rien assumer. Pourtant, ce n'est pas bien compliqué. Elle lui dit qu'elle l'aime et qu'elle est attirée par lui, basta, c'est terminé et tout le monde est content. Mais visiblement, même cela, cela semble trop difficile pour elle, à croire qu'à travers son dit amour, elle a vraiment quelque chose à cacher. Velvet est énervée, mais elle se contente de l'embrasser sur le front.

« Tu peux me le dire, Rosie. » Rose se tend un peu. Elle ouvre la bouche, puis la referme. Finalement, elle se décide à murmurer quelque chose à la vitesse d'un train en marche.

« Il me rappelle toi », souffle-t-elle difficilement.

« Pardon ?

« Il me rappelle toi. Il a exactement la même couleur de cheveux, les mêmes yeux. Quand il est venu dans ma boutique de fleurs, il m'a offert un bouquet d'agapanthes. J'ai cru que c'était Dieu qui m'envoyait ton équivalent masculin. En fait, c'était ton frère. Mais j'ai appris à le connaître et je l'aime sincèrement désormais. Je me sens terrible de te faire ça, mais... enfin... »


Velvet grimace. Alors comme cela, son ex amante s'est mariée avec son frère parce qu'il lui ressemble physiquement. Est-ce qu'elle est réellement capable de la remplacer de cette manière ? Parce que ses parents ne veulent pas d'un enfant homosexuel, elle se permet de trouver un homme qui ressemble à son ex pour prétendre que ce sont les mêmes personnes ? C'est non seulement ridicule mais de plus, terriblement enrageant. C'est une personne. On ne la remplace pas comme un gadget.

« Tu sais quoi, je comprends », dit Velvet d'une voix amère. « Mais puisque tu prends n'importe qui tant qu'il me ressemble, autant te payer l'original plutôt qu'une contrefaçon chinoise, non ?

- Quoi ? Qu'est-ce que tu... »
Rose est coupée par la bouche de celle qui fut son amante, et elle pousse un gémissement étouffé. Quand elle sent des mains parcourir son corps et passer sous ses vêtements, elle se dit qu'il faudrait peut-être qu'elle la repousse, mais elle n'en fait rien. Au lieu de cela, elle répond au baiser, et entoure la nuque de Velvet de ses mains comme une invitation à continuer. Velvet ne se fait pas prier.

Pourtant, ce n'est pas l'excitation du moment qui la pousse à aller plus loin. C'est plutôt une sorte de fierté malsaine. Stanley a passé toute sa vie à trouver des moyens de l'écraser et de la dépasser en tout. Même en amour. Cette fois, c'est elle qui le dépasse, ce dans son propre lit, et il n'y a rien qu'il puisse faire pour empêcher cela. Velvet s'imagine déjà lui envoyer des photos de sa Rosie nue à côté d'elle. Ce serait la récompense ultime.

Malheureusement, elles n'ont pas le loisir d'aller très loin, car la porte s'ouvre sur un Stanley estomaqué. Si Velvet est déçue de ne pas avoir pu continuer, elle est néanmoins terriblement fière d'elle, et contente de pouvoir lui donner des preuves suffisantes. Rose, elle, est effarée, et une fois encore, elle a envie de disparaître cinq cent mètres sous terre. Stanley ouvre la bouche, la referme, l'ouvre à nouveau, puis il descend les escaliers en trombe.

« Maman putain, Velvet a tenté de coucher avec ma femme ! » S'écrie cet homme de presque trente ans. Sous l’œil satisfait de son amante, Rose remet son soutien-gorge en urgence pour aller courir en bas. « Stanley, mon amour, tu as mal compris ! » S'écrie-t-elle pendant que son mari se plaint et se lamente devant toute la famille, comme quoi c'est vraiment une petite traînée pour lui faire cela à lui. Velvet jubile, mais elle rigole moins quand Stanley remonte pour tenter de l'étrangler. Il faut que Rose le retienne pour qu'il cesse.

« Tu n'as vraiment aucune fierté », éructe-t-il. « La femme de ton frère !

- L'ex de ta sœur.

- C'est ton ex ! C'est du passé ! Tu n'es qu'une petite putain, toujours jalouse de moi depuis la naissance ! Incapable d'accomplir quoi que ce soit de plus que moi et toujours à se plaindre ! Toujours à convoiter ce que j'ai moi !

- Je crois que tu inverses les rôles. »
Stanley a un sourire malade.

« … Au fait. Tu veux savoir ce qu'elle m'a offert, ta traînée, petite salope ? Un bouquet de roses roses... et un béret ! »

Velvet ne pense plus à rien.


Le baiser de Judas

Rose et Stanley sont restés ensembles. La première a prétexté que Velvet réveille en elle des passions enfouies, mais qu'elle aime profondément et sincèrement Stanley. Le deuxième a dit que malgré cette incartade, il aime Rose, cela dit, il ne la pardonnera pas la seconde fois. La brune le garde en travers de la gorge, elle aurait préféré les faire divorcer directement. Mais ce n'est pas grave, elle parviendra à le faire.

Du moins, c'est ce qu'elle se dit jusqu'à-ce que Stanley lui tienne ce discours. « Tu sais, je ne pense pas ce que j'ai dit de Rose. Je l'aime sincèrement et elle m'aime aussi. Tu penses peut-être que je me suis approchée d'elle pour t'énerver, et c'est le cas. Mais maintenant ce n'est plus pareil. Je l'aime, tu comprends ? S'il te plaît, ne t'immisce plus dans mon couple. Rosie a assez souffert comme ça. » Velvet souffre d'entendre ce surnom dans la bouche de son frère, mais après cela, elle décide de les laisser en paix et de passer à autre chose.

De toute manière, elle a plus important à penser. Comme par exemple, son enquête. Phillip a réussi à trouver le bénéficiaire de la transaction. Richard Kyle serait né en 1994, et il aurait vécu à Londres avant de se rendre aux États-Unis aux côtés de son hybride en 2043. C'est un peu trop gros pour une coïncidence, ainsi Phillip a-t-il choisi de se rendre là où ce certain Richard est allé. Velvet attend les résultats de son enquête pendant qu'elle fait des recherches de son côté.

« Velvet, Richard Kyle est ton père. »

C'est tout ce que Phillip lui a dit au téléphone. Le cerveau de la jeune femme s'est mis en mode off pendant de très longues secondes. Et puis, quand elle a commencé à percuter, elle a posé un millier de questions, trouvant toutes la même réponse. Il va lui donner une lettre. Velvet aurait pu hurler sur son coéquipier, mais elle préfère se taire et attendre qu'il réponde, quand bien même il est terriblement frustrant de rester sans rien faire quand Thomas est peut-être en jeu.

« Ma chère et tendre fille,

J'aurais voulu te prévenir de mon départ, mais Charles a expressément demandé que personne ne soit au courant excepté Soleil et moi. Mon cœur s'est déchiré de penser que tu me croyais mort, et crois moi, pas une seconde ne s'est écoulée sans que je pense à toi, Stanley et Vesper. Mais c'est là la seule et terrible façon que j'ai trouvée d'échapper à ma vie qui devenait trop lourde à supporter. J'ai été d'un égoïsme incroyable et je m'en rends bien compte, je n'espère pas que tu puisses jamais me pardonner.

Voilà la vérité. Je ne suis pas mort, je vis en couple avec Soleil et nous avons un enfant. Les Etats-Unis ont beau avoir les mêmes lois que l'Angleterre concernant les enfants hybrides, nous nous débrouillons pour nous cacher. Je suis profondément amoureux d'elle et elle me rend mes sentiments. Ce n'est pas le cas de ta mère. Quand j'ai fait part de mes problèmes à Charles, il m'a proposé de couvrir ma fuite. Je ne sais pas ce qu'il a fait, je sais seulement que Soleil a établi le plan avec lui. Le fait est que nous avons créé de faux papiers et que jusqu'à-ce que tu me fasses retrouver, tout a bien fonctionné.

Je ne sais pas ce qui t'a poussée à enquêter sur ma mort, mais sache en tout cas que rien n'est de ta faute. Je ne serais jamais parti à cause de toi, Stanley ou Vesper. Je vous aime profondément et sincèrement. Mais je n'ai jamais eu l'impression d'avoir le contrôle de ma vie. Désormais, je l'ai enfin, et je suis finalement heureux. Et comme je sais que mes enfants feront tout pour avoir une belle vie, je le suis d'autant plus.

Inutile de tenter de me retrouver. Au moment où tu recevras cette lettre, j'aurai déménagé. Ne le prends pas contre toi. Je t'aime et je ne passe pas une seconde de ma vie sans avoir envie de retourner en Angleterre et de te revoir. Mais je ne peux prendre le risque de me faire retrouver. J'espère que tu feras le bon choix et que tu garderas cette lettre pour toi.

Tendresses,
Ton papa. »


Phillip toise Velvet d'un air confus et désolé. Il n'a pas voulu ouvrir la lettre avant de la remettre à la jeune femme, et la découvre en même temps qu'elle. Cette dernière ne sait pas ce qui est le pire. Que son père soit parti avec une hybride plus jeune qu'elle ? Que Charles ait fait dérailler un train pour cela, sans doute parce qu'il voulait le poste de PDG ? Que les White soient impliqués dans cette magouille et osent la regarder dans les yeux ? Qu'il ne sache pas que Vesper s'est suicidé pour le rejoindre ? Qu'il l'ait défigurée et ne le sache même pas ? Que ce soit la pire trahison qu'elle ait jamais vécu ?

Velvet recommence tout le procédé du deuil de Vesper. Elle s'enferme dans sa chambre, vit la nuit, dort le jour, se nourrit de chips et de whisky. Elle sait désormais qu'elle ne peut faire confiance à personne. Si elle ne peut même pas l'accorder aux personnes les plus proches d'elles, celles qu'elle estime le plus, à qui le peut-elle ? Tout le monde peut la trahir de la pire des façons un jour ou l'autre. Elle ne veut plus de proches. Elle ne veut plus d'amis. Elle ne veut plus personne.


Le bout du tunnel

Vingt-huit ans. Velvet a terminé ses études de journaliste et travaille désormais chez « The Weekly Thriller. » Elle aurait pu parler de la fuite de son père et des réels coupables de l'accident, mais Phillip lui a dit que c'est à elle de choisir. Et elle s'est rendu compte que cela détruirait sa famille, et que tout la moitié risquerait de se faire parquer pour homicide volontaire ou involontaire. Alors elle préfère ne rien dire. Et dans le fond, même s'il l'a trahie de la pire des façons, elle ne veut pas trahir son père, elle.

Malgré tout, cela reste une terrible frustration. Elle a l'impression d'être censurée. C'est sans doute pour cela qu'elle résout les affaires qui lui sont assignées avec autant de hargne. Elle veut rétablir la vérité à tout prix, parce qu'il y a un grand secret qui lui reste au fond de la gorge et qu'elle ne peut pas révéler. C'est comme un poison qui la consume, et les affaires qu'elle résout et refuse de cacher, son antidote.

C'est cette année qu'à lieue l'attaque du Watcher et de ses sbires. Des hybrides qui sortent dans les rues, mettent le feu à un magasin, cassent tout ce qu'ils trouvent. Le journal aurait pu couvrir l'affaire pour faire un peu d'audimat, mais d'un commun accord, la rédaction a décidé de ne pas s'en charger. Parce que les hybrides n'ont presque aucune forme de liberté d'expression, que c'est là leur seul moyen de s'exprimer, et que c'est cette liberté qui leur permet de couvrir les pires affaires.

Velvet est d'accord avec cela. Et pourtant, elle se méfie terriblement des hybrides depuis qu'elle sait que Soleil a établi le plan avec Charles. Elle a l'impression qu'ils pourraient faire n'importe quoi pour être dans une situation plus confortable. Entre manipulation et force brute. Ce n'est pas qu'elle ne veut pas leur liberté, ni qu'elle les considère comme des sous-êtres, quoi qu'elle en dise. C'est que désormais, elle en a peur.

Malgré tout, elle ne veut pas leur retirer leur liberté d'expression. Elle ne cautionne pas que l'on casse, frappe, mette le feu à des magasins, mais il devrait être leur droit d'organiser des manifestations. Quand on commence à arrêter chaque personne qui s'écrie avec fierté la phrase du Watcher, « Les hybrides briseront leurs chaînes ! A bas la suprématie des humains », elle a l'impression d'entrer dans des heures bien sombres de l'Angleterre.

Parce que la liberté de penser, de presse, d'expression, d'opinion, c'est tout ce qui lui a été retiré quand elle a appris que son père est le coupable indirect d'un crime affreux. Elle sait à quel point il est dur de ne pas avoir le droit de parler. Et même si elle doit finir en prison, elle se battra pour que tout le monde puisse dire ce qu'il pense, peu importe à quel point cette pensée est extrême ou met l'ordre établi en danger.

Un jour, elle trouve une lettre dans le bureau du dernier ami qui lui reste, Phillip. Elle découvre qu'il a accompli les procédures légales pour qu'elle devienne la rédactrice en chef du journal... et qu'il a disparu. Depuis, elle n'a de cesse de le chercher, elle veut comprendre ce qu'il lui a pris, mais il a si bien couvert ses traces que cela semble être une cause perdue. Alors elle reprend le flambeau.

C'est aussi l'année de la mort du grand-père Francis, et celle où Charles a hérité du poste de PDG. Lors de l'enterrement, l'hybride aigrette du grand-père est allée trouver Velvet, et lui a dit qu'elle avait un cousin, et qu'elle devait le lui ramener. La jeune femme n'est même pas surprise. Charles est un gigolo. Mais si elle peut trouver un moyen de l'incriminer sans mettre en danger son père, elle prend sans hésiter.

Et plus important encore, c'est celle où Rose est tombée enceinte. La goutte d'eau. Velvet va jusqu'à dire à son frère que « cette engeance de parasite est trempée du sang de son oncle ». Quand Stanley et sa femme ont présenté leur nouveau-né, John, à la famille, Velvet est même allée lui cracher dessus, ce qui lui a valu une gifle de fleuriste.

Malgré tout, la vie continue. Même si pour Velvet, la vie semble être un morceau de dynamite prêt à exploser à tout moment.


Momo
Pseudo ☀ Momo
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Un petit mot ? ☀  Désolée à celui qui devra corriger

© ASHLING POUR EPICODE



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Zayn J. Lowell
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Dim 4 Juin - 20:31
Courage! Tu y es presque! ♥

Bienvenue ♥

♦  Alors tout d'abord quelle histoire! ** Elle est bien construite, bien écrite malgré des petites fautes d'inattentions, mais rien de bien grave ^^ J'ai aimé voir l'évolution de la petite Velvet au fur et à mesure. Je ne cache pas que ton histoire est complexe, que l'enquête par endroits m'a perdu et qu'il y a énormément de noms et qu'il faut relire certains passages etc avant de bien se les mettre en tête pour savoir qui est qui etc. Mais sinon j'ai vraiment aimé lire ta fiche!  Il y a toutefois quelques détails dans l'histoire qui sont à revoir.



II- Histoire

♦ Alors il y a quelques détails à revoir ><


Tout d'abord c'est la vie de Soleil et Thomas aux Etats Unis avec leur enfant si j'ai bien compris.

"Je ne suis pas mort, je vis en couple avec Soleil et nous avons un enfant. Je suis profondément amoureux d'elle et elle me rend mes sentiments. "

Aux Etats Unis la loi est la même qu'à Londres concernant les hybrides du coup ils ne peuvent pas vivre avec leur enfant paisiblement disons. Il faut expliquer disons ou mettre un indice quelque chose qui nous mette la puce à l'oreille que oui ce n'est pas si facile ni si beau etc. Sinon le souci c'est qu'on risque de croire qu'aux Etats Unis c'est normal. Parce que l'enfant normalement avant ses 16 ans est en élevage et ensuite au magasin à ses 16 ans donc ils ne peuvent pas vivre vraiment avec lui.

Alors il y a aussi un passage où l'hybride aigrette joue du piano. Je voudrais juste être certain de quelque chose il s'agit bien de la mère d'Adriel et pas de son fils? J'ai un petit doute j'aimerais juste en être certain ^^ Ce n'est pas un point à corriger, je me doute que c'est sa mère mais j'aimerais juste avoir la réponse ^^

Ensuite il y a un passage où la mère parle des notes de ses enfants " une moyenne de dix-sept" Ce n'est pas très grave et ça nous permet de nous repérer nous français mais il faut savoir que la notation anglaise est sur 100 par contre. En CB cela ne pose pas souci mais en rp il faut en avoir conscience.

Ensuite le dernier vrai souci c'est ce passage par contre:

"Quand on commence à arrêter chaque personne qui prononce ne serait-ce qu'une fois la phrase du Watcher, « Les hybrides briseront leurs chaînes ! A bas la liberté des humains », elle a l'impression d'entrer dans des heures bien sombres de l'Angleterre."

Alors déjà c'est A bas la suprématie des humains c'est une petite faute mais du coup ça ne fait pas sens et surtout elle devient un peu hors contexte disons. Ensuite, non quand même pas dès que quelqu'un prononce, peut être que sur CB ce genre de choses vont un peu vite mais en tout cas ce n'est pas dès que quelqu'un la prononce. Par contre si le contexte s'y prête, si la personne cherche clairement les autorités etc et que cette personne hurle cette phrase, l'affiche avec un contexte qui prête à croire que c'est de la rébellion oui, mais reste que dans ce passage on croirait que c'est un peu direct et que ce serait presque une censure totale de cette phrase alors que non ce n'est pas le cas en réalité, c'est surtout vu d'un mauvais oeil et dépendant du contexte oui ça peut valoir une arrestation '^'


III- Conclusion

♦ Au final il y a peu de choses à revoir c'est juste surtout moi et ma pauvre lanterne qui me posait des questions >< C'est une belle fiche bien construite! Et aucun détails n'est à omettre si tu enlevais un bout etc cela serait incompréhensible. On a besoin de tout pour vraiment comprendre, ce qui est par contre un peu difficile c'est au niveau des nombreux noms et informations à retenir mais ça va au fil de la lecture on les retient, on comprend mieux au fur et à mesure ^^ J'ai aussi beaucoup aimé voir toute l'évolution de Velvet au final elle devient vraiment dur, la réaction qu'elle a eu avec ce bébé qui n'a rien à avoir avec toute cette histoire la rendrait presque quelque peu méprisable, mais reste que on comprend son action avec tout le reste. C'est un personnage avec ses défauts, ses qualités, ses passions que j'ai adoré (pokémon powaaa ♥) et j'ai aussi aimé son histoire avec béret et carafe etc bref Velvet est très humaine et je pense que c'est vraiment un point positif. Sa brûlure en plus la laisse tout, sauf indifférente. Brefouille, c'est une belle fiche mais avec quelques petites zones où j'ai eu un peu de mal de comprendre, rien de bien grave ^^




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Dim 4 Juin - 21:15
Aloors.

Premier point : ajouté la phrase "Les Etats-Unis ont beau avoir les mêmes lois que l'Angleterre concernant les enfants hybrides, nous nous débrouillons pour nous cacher." dans la lettre du père.

Deuxième point : c'est bien la mère d'Adriel et pas son fils. :>

Troisième point : Changé la moyenne de dix-sept en moyenne de quatre-vingt quinze.

Quatrième point : changé "qui prononce ne serait-ce qu'une fois" en "qui s'écrie avec fierté" et corrigé la faute inattention.

J'espère que ça ira et merci pour la correction _o/

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Tu es validé(e)! Bravo!



☆  Tout est oki maintenant! ^^ Oh ah oui j'avais oublié mais en fait j'ai vraiment aimé Stanley, il a beau être détestable et méprisable en tant que personnage je l'ai trouvé intéressant je suis surement bizarre '^' Bon je l'ai moins aimé vers la fin où il était vraiment pathétique plus qu'autre chose, mais au début, au milieu surtout je l'aimais beaucoup comme perso pnj dans l'histoire uu J'ai moins aimé Rose en tant que lecteur uu Brefouille voilà voilà ^^


Tu peux dès à présent:

☆ Recenser ton avatar ICI !
☆ Si tu es un humain, vas demander une habitation ICI
☆ Tu peux aller si tu veux faire ta fiche de lien ICI !
☆ Si tu es un double compte, vas recenser ton compte ICI
☆ Si tu fais partie de la Brigade, vérifies ton ou tes attributions ICI ainsi que le bureau qui t'est donné ICI.
☆ Si tu as un métier, tu peux aller le recencer ICI
☆ Et si tout est en règle, tu peux aller poster une demande  de maître/hybride ICI ! (attention, les hybride sauvages ne peuvent pas faire de demandes de maîtres!)

L'on te souhaite une bienvenue officielle et amuse toi bien parmi nous sur Dear Hybride ! ♥

(c) Fiche par Calys de L.Graph'



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He's a winner 'cause it's in his blood. Ain't nobody whose out there like him. Soft talking. He does it good. Ladies call him The Candy Gentleman. They want his love. He's the only one that's really cool. He's really cool. How could I forget that I had given her an extra key. All this time she was standing there. She never took her eyes off me. That's the reason why he's winner. You need to be smart, seductive and rich to have power.

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